Comme promis dans mon précédent billet, retour vers le Gabon.

Ce pays doit son nom aux navigateurs portugais, probablement sous la direction de Lopo Gonçalves qui en explorèrent les côtes entre 1471 et 1475. C’est l’estuaire du petit fleuve Komo qui eut leur préférence, plus abordable que celui fort marécageux de l’Ogôoué. On dit que c’est la forme de cet estuaire, qui leur rappelait le caban qu’ils portaient, qui leur inspira le nom de río do Gabão, « le fleuve du caban ». Je ne visualise pas très bien la forme d’un caban ( porté sur des épaules, sur un cintre, accroché à une patère, roulé en boule dans un hamac?) et encore moins comment, du pont d’un navire, on peut avoir une vue suffisamment panoramique d’un estuaire pour en définir la forme. Comme Adrian Room, j’imagine en revanche fort bien la vision que l’on peut avoir d’un fleuve sortant des terres au milieu d’un couvert végétal imposant comme seule une forêt équatoriale peut l’être et qui lui ferait comme une capuche. Une capuche ? Ah! Mais oui! Le caban est un court manteau muni d’une capuche …

Cette dénomination, avec la graphie Gabam est attestée en 1485 sur une carte du vénitien Cristoforo Soligo et on trouve, en 1500, la forme río de Gabon dans un document espagnol. Ce nom commencera à être utilisé au XVIIè siècle pour désigner tout le pays environnant et c’est celui qui sera adopté officiellement. À noter que le français caban, l’espagnol gaban comme le portugais gabão sont des emprunts à l’arabe qabā « tunique ».
Il n’est pas question ici de faire le tour de la toponymie gabonaise, vous vous en doutez! mais de relever quelques noms que je pense dignes d’intérêt
Commençons donc par rendre hommage à Lopo Gonçalves, le premier Européen à franchir l’équateur, ( dont la notice wiki en portugais est plus succincte que celle de son sponsor, Fernão Gomes ! Heureusement, les Espagnols et les Anglais nous en disent un petit peu plus) en rappelant que le cap le plus occidental du Gabon, dans la baie de l’Ogôoué, porte son nom, le cap Lopez.
Poursuivons avec les noms des fleuves dont l’importance n’a pas échappé aux colonisateurs qui comptaient bien sur eux comme voies de commerce : entrer par voie terrestre pour s’emparer des richesses locales était une chose (Du Chaillu fut le premier à le faire) mais redescendre ces marchandises jusqu’aux ports était une autre affaire et la voie fluviale semblait la plus logique. On entreprit donc d’explorer les vallées fluviales ( on n’a rien fait d’autre en Amérique, où le Mississippi et l’Amazone, pour ne citer qu’eux, ont été l’objet de toutes les attentions). Le marquis Victor de Compiègne et Alfred Marche poursuivirent cette exploration (1874) suivis par Pierre Savorgnan de Brazza lui-même qui découvrit les sources de l’Ogôoué en 1878. Du Chaillu parlait en 1858 d’un grand fleuve, qu’il ne vit pas lui-même, et qu’il dit être appelé Ogobai. Il s’agit en fait d’un mot mpwongè, Ôgôvé, qui signifie tout simplement « grand fleuve ». Celui-ci a un cours tumultueux, du moins à son début parsemé de chutes plus spectaculaires les unes que les autres. L’une d’elles, sans
doute la plus connue, s’appelle la chute de Bôouée. Je ne résiste pas au plaisir de vous donner à lire cet extrait du récit que fit le marquis Victor de Compiègne de sa découverte, où l’on voit toute l’arrogance du colon ( du « voyageur », comme il l’écrit) en pays conquis :
Nous avons découvert les magnifiques chutes de Bôoué, auxquelles, usant du privilège des voyageurs, nous avons depuis donné le nom de chutes de Faré, en souvenir de M. Faré, directeur général des forêts.
Voilà qui en dit long sur l’état d’esprit des explorateurs : on sait que nommer un lieu, c’est se l’approprier. Ils ne partaient pas à la découverte mais bel et bien à la conquête. Les chutes ont heureusement repris leur nom africain d’origine.
Le fleuve qui a tant impressionné les Portugais, celui qui forme l’estuaire du gabão, s’appelle Komo. Dans la langue bantoue alors parlée par les Akélés dans la région, komo signifie « la fin, le bout » en parlant d’une chose ( c’est ainsi qu’aujourd’hui ce mot désigne la corne des bovidés, par exemple): Komo, parlant d’un fleuve, est donc un équivalent d’estuaire. Ce fleuve prend sa source dans les Monts de Cristal dont le nom originel Ningo Mpala signifie, en langue mpwongé, « la source des eaux ». Ce sont les Portugais qui, les premiers parmi les Européens, observent au fond de l’estuaire du Gabon une chaîne de reliefs qu’ils baptisent Sierra del Crystal en raison des vapeurs bleutées qui l’enveloppent.

Dans cet estuaire facilement atteint par les gros navires, deux îles eurent une importance primordiale : elles permettaient de relâcher loin de la côte dont on redoutait les habitants (les débuts du commerce avec ces Africains sont jalonnés de nombreuses escroqueries des deux côtés — les uns ne livrant pas toujours ce qui était prévu et les autres ne payant pas toujours le prix demandé—, d’escarmouches violentes, voire de petites guerres locales, chacun se trahissant à qui mieux-mieux … Ah! Ces moutons qui rechignent à se faire tondre!). Les premiers colons portugais, comme ils l’avaient fait à São-Tomé-et-Principe, se sont donc installés sur deux îles qui serviront ensuite aux Hollandais et aux Français. La première d’entre elles, l’île Coniquet, doit son nom aux Hollandais qui la baptisèrent Koning Eiland, « l’île du Roi », nom qui fut déformé par les Français en Coniquet (on trouve encore l’orthographe Koniquet dans des ouvrages de 1960). La deuxième était nommée l’île aux Perroquets et est connue aujourd’hui sous le nom plus simple d’île Perroquet, sans doute par attraction du nom de sa voisine.
À suivre
CABAN : Emprunt probable au provençal caban (1485) proche du sicilien cabbanu lui-même dérivé de l’arabe qabā « tunique »
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Au Gabon il y a des gens bons ? (Plutôt que des Zambiens.)
En tous cas, mon gars, on doit y trouver de ces tulipiers du Gabon qui nous envahissent…
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“Tulipier du Gabon (Spathodea campanulata)
Arbre d’Afrique de l’Ouest, à feuilles caduques, portant en août-septembre des fleurs rouges. Les boutons floraux contiennent de l’eau que l’on fait jaillir sous la pression des doigts, d’où son nom de pissat de singe. […]”
(Guy Rouillard & Joseph Guého, Les Plantes et leur Histoire à l’île Maurice.)
On fait jaillir le pissat de singe avec les doigts… Hmmm… Gare au gorille !
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