Sidobre
| Sidobre | |
Rocher tremblant des Sept Faux | |
| Pays | France |
|---|---|
| Subdivision administrative | Occitanie |
| Subdivision administrative | Tarn |
| Villes principales | Lacrouzette Fontrieu Saint-Salvy-de-la-Balme Brassac |
| Coordonnées | 43° 38′ nord, 2° 24′ est |
| Superficie approximative | 102 km2 |
| Géologie | Roche granitique |
| Régions naturelles voisines |
Monts de Lacaune Montagne Noire Castrais |
Localisation du Sidobre sur la carte du Massif central | |
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|
Le Sidobre est une région montagneuse française située dans le sud du Massif central à onze kilomètres à l'est de Castres dans le département du Tarn. C'est un territoire granitique de 15,3 km de longueur avec une largeur maximale de 6,6 km (environ 102 km2), soit près de 10 200 hectares couverts de forêts. Le massif a une altitude comprise entre 400 et 707 mètres (point culminant se trouve au lieu-dit Le Patau). Le massif du Sidobre représente le plus grand ensemble de rochers granitiques de France[réf. à confirmer] et le premier centre français de production de granit[1].
Toponymie
[modifier | modifier le code]L’étymologie du toponyme Sidobre est controversée (grammatici certant). L'onomastique le fait dériver du latin sin opere (c’est-à-dire région non cultivée) ou le rattache au gaulois seto briga, seto venant d'un terme pré-indo-européen set qui désigne une montagne, briga évoquant une forteresse en hauteur, un oppidum[2].
Situation
[modifier | modifier le code]Il est situé dans le Tarn, à la pointe sud-ouest du Massif central, entre Lacrouzette, Ferrières, Saint-Salvy-de-la-Balme, Vabre et Lafontasse. Il est délimité à l'est par les monts de Lacaune, au sud par le «sillon du Thoré» et la montagne Noire, à l'ouest par la dépression sédimentaire de Castres[3]. Il est situé à l'intérieur du parc naturel régional du Haut-Languedoc.
Géomorphologie
[modifier | modifier le code]Sur le plan géomorphologique, le massif se distingue par quatre grands ensembles avec une végétation spécifique[4] :
- le haut Sidobre constitué de vallons à berceau ou à fond plat. Dans cette zone, on retrouve des lambeaux de l’ancienne surface d’aplanissement éocène et des cuvettes d’arénisation marécageuses. Ce paysage est caractérisé par des landes basses à bruyère, bouleau et pin sylvestre.
- le bas Sidobre qui forme le pourtour du massif. Il se caractérise par un relief rajeuni, un réseau hydrographique bien hiérarchisé, indiquant une érosion linéaire plus intense, confirmée par les vallons bien encaissés aux versants nets. Ce paysage comprend le plateau forestier du Verdier-Camp Soleil comportant une chênaie mixte et une hêtraie-chênaie en taillis replantée en résineux
- le Sidobre moyen, situé entre les deux zones précédentes, se caractérise par des plateaux vallonnés dans lesquels se situent de larges dépressions. Dans ces dernières se situaient des exploitations agricoles remplacées actuellement par les ateliers de transformation de granite ;
- la vallée de l’Agout est encaissée dans un couloir d’érosion situé sur une zone fracturée. Son influence se limite à une gorge aux versants encombrés d’éboulis et de larges dalles rendant difficile l'implantation humaine. Le massif du Sidobre s'élève brusquement au Nord-Est au-dessus de l'Agout, puis s'abaisse doucement vers la plaine castraise dans le bassin aquitain.
Géologie
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Géologiquement, le Sidobre forme un massif granitique elliptique long de 15 km, large au plus de 7 km et de faible épaisseur (inférieure à 3,5 km). Il correspond, avec les écailles des monts de Lacaune au versant septentrional de la montagne Noire[5]
Le Sidobre est formé de granitoïdes résultant d'une intrusion hercynienne. Une datation au Rb-Sr leur donne un âge de 304 ± 8 Ma (Pin, 1991)[6], soit le début du Stéphanien[7]. À la fin de l’orogenèse varisque, la poche magmatique s'est solidifiée puis cristallisée entre 7,5 km et 20 km de profondeur, à l'intérieur de terrains métamorphiques du Cambrien supérieur qui se sont érodés et ont laissé peu à peu affleurer le bloc[8]. La croissance du massif, par bouffées magmatiques successives, est probablement liée à l’ouverture de discontinuités structurales (plans de clivage (en) régional, plans d’écaillage)[9].
La structure du Sidobre serait celle d'un laccolite qui a la forme d’une lentille elliptiqur, et non celle d'un diapir vertical comme on l'a longtemps cru[10].
Le granite de la partie centrale du massif, dit granit « bleu », est une granodiorite légèrement porphyrique, tandis que celui de la périphérie, plus gris et plus clair, est un monzogranite[11].
Une excursion (en) comporte l’articulation de plusieurs arrêts qui permettent d’analyser l’environnement géologique du massif granitique du Sidobre, notamment le passage entre le granite et les cornéennes encaissantes[12].
Sites
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Le massif du Sidobre présente de nombreux tors et chaos granitiques (appelés localement compayrés, rivières de rochers « compagnons ») ainsi qu’une trentaine de roches branlantes. Les blocs de granite sculptés par les agents météoriques selon des systèmes de diaclases, donnent des reliefs qui surprennent par leurs arrangements défiant les lois de l'équilibre, et par leurs formes qui ont fécondé l'imaginaire populaire, d'où l’animisme des pierres invoquées par les folkloristes, et les microtoponymes et légendes locales (reprises par la littérature romantique du xIXe siècle) qui leur sont associées[13] ,[14].
Des sentiers d’interprétation mènent à ces curiosités naturelles, parmi lesquelles :
- la Peyro Clabado[15] (de l'occitan Pèira Clavada, « pierre clavée » à un piédestal rocheux grâce à une cale en pierre). Au sommet du pic des Fourches à Lacrouzette, ce tor de 780 tonnes est une pierre en équilibre (en) sur un socle naturel[16],
- le roc de l'Oie sur le plateau de Crémaussel, rocher évoquant une oie[17]
- les Trois Fromages, trois énormes rocs superposés
- le rocher tremblant des Sept-Faux, bloc mobile de 900 tonnes
- le sentier des Merveilles avec l'Éléphant, le Billard, la Langue, le fauteuil du diable, etc.
- les chaos granitiques de la Resse, La Balme, La Rouquette, Secun, etc. sont formés de blocs de granite qui ont dévalé les pentes et se sont calés sur le lit de ruisseaux ou de rivières
- le lac du Merle, lac artificiel construit en 1875 sur la demande du député Jean-Louis Combes pour agrémenter son domaine, grâce à un barrage qui retient les eaux du Lignon
- le saut de la Truite, plus haute cascade du Sidobre, avec 25 m de hauteur
- le sentier des Légendes à Saint-Salvy-de-la-Balme avec le plus grand chaos (rivière de rochers) du Sidobre
- le sentier de la Maison du Sidobre, pour découvrir les origines de ces rochers insolites
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La Peyro Clabado
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Le fauteuil du diable
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L’éléphant
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Les trois fromages
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Le roc de l'Oie
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Le billard
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L'escargot
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L'enclume
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Le Saut de la truite
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Le rocher de l'Hamburger (Chaos de la Balme)
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Le chapeau de Napoléon (Chaos de la Balme)
Économie
[modifier | modifier le code]Tourisme
[modifier | modifier le code]Un tourisme raisonné et durable, loin du tourisme de masse, s'y développe petit à petit et est plus « de proximité ». Il pâtit d'un gros déficit d'image auprès des étrangers, et n'a de reconnaissance régionale que symbolique[réf. nécessaire]. La Maison du Sidobre (abrite un espace muséologique sur le travail du granit, un bureau d'information touristique de l'office du tourisme du Sidobre Vals et Plateaux[18] et une salle d'exposition temporaire), se situe sur la RD 30 à proximité de l'embranchement de la RD 622, entre Saint-Salvy-de-la-Balme et Lacrouzette ou entre Burlats et Brassac (découverte de la naissance du granit, sentier des immortels, aire de pique-nique).
Le GR 36 traverse le Sidobre du sud au nord, en passant près du lac du Merle, du Roc de l'Oie et des Trois Fromages, ainsi que de la Maison du Sidobre.
C'est Raymond Nauzières[19], félibre, archiviste et bibliothécaire de Castres, qui, au début du XXe siècle, catalogua et nomma les rochers du Sidobre, puis « prit leur défense » pour préserver les plus remarquables d'entre eux des carriers, juste après la Grande Guerre, lorsque la demande de granit explosa pour l'édification des monuments aux morts.
Aujourd'hui la destination touristique compte plus de 60 parcours (à pied, à cheval, à vélo ou VTT) de 10 minutes à 7 jours (les fiches sont téléchargeables gratuitement sur le site de l'office de tourisme).
Autres sites touristiques à proximité :
- le village médiéval de Burlats avec le pavillon d'Adélaïde
- l'église Notre-Dame-du-Granit à Lacrouzette
- le circuit historique de Brassac
- le musée du protestantisme à Ferrières
- la Maison du Sidobre à Vialavert (Le Bez), avec un espace muséologique sur le travail du granit
- la forêt de Montagnol à Castelnau de Brassac
- le village et les lavoirs de Vabre
Extraction du granit
[modifier | modifier le code]Le Sidobre est une importante zone d'exploitation et de façonnage du granite, dans toutes ses applications : monuments funéraires (70 % des débouchés), revêtements, pierre de taille, voirie (trottoirs, places, bâtiments…); intérieurs des habitations (cuisines, salles de bain), etc[20].
C'est un des premiers bassins granitiers d'Europe, et le premier bassin granitier français devant la Bretagne avec près de 65 % de la production française et 150 000 tonnes extraites chaque année d'une quinzaine de carrières[21],[22]. Le granit du Sidobre, aussi appelé gris du Tarn ou Silver Star dans les pays étrangers, est réputé pour sa dureté, son homogénéité, ses diaclases espacées de plusieurs dizaines de mètres (ce qui permet d'extraire des blocs de plus de 10 m3[23]), une durée de vie estimée à 200 ans (50 ans pour le béton). Les Carrières Plo à Saint-Salvy-de-la-Balme sont la plus grande carrière de granit en bloc d'Europe[24] qui extrait le matériau depuis 1981[20]. La teinte et la pureté du granite de cette carrière a valu à l’entreprise Plo d’être choisie pour le dallage des Champs-Élysées à Paris[1].
La filière granit du Sidobre représentait en 1996 près de 1 500 emplois directs et 250 entreprises[25]. Le nombre de carrières exploitées a diminué depuis les années 1950, et est réduit actuellement à une quinzaine mais les exploitations se sont agrandies. Des marchés importants ont été remportés par les Tarnais du Sidobre pour le dallage des aéroports, les rues piétonnes et l'habillage d'immeubles, mais l'activité principale reste la fabrication de monuments funéraires (selon la tradition locale, il n'y a pas un seul cimetière de France où il n'y ait un morceau de granit du Sidobre) bien que la concurrence avec la Chine et l'Inde notamment soit très forte[1]. Cette concurrence, un marché du bâtiment fluctuant et la stagnation de celui du funéraire explique que ce secteur soit en crise : en 2016, la filière ne compte plus environ que 800 salariés et 80 entreprises[26].
Protection environnementale
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La région bénéficie de la protection du Parc naturel régional du Haut-Languedoc.
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Joseph PAUL, Sidobre, Castres, Société culturelle du Pays castrais, .
Liens externes
[modifier | modifier le code]Notes et références
[modifier | modifier le code]- Anne Fortier Kriegel, Les paysages de France, Presses universitaires de France, , p. 141
- ↑ Notice explicative de la feuille de Castres par J. Guérangé-Lozes, M. Demange (†), M. Mouline, éditions du BRGM, 2013, p. 67
- ↑ http://asnat.mp.free.fr
- ↑ J. Guérangé-Lozes, op. cit., p. 154
- ↑ Bernard Gèze, Languedoc méditerranéen, Montagne noire, Masson, , p. 67
- ↑ (en) Pin, « Sr-Nd isotopic study of igneous and metasedimentary enclaves in some Hercynian granitoids from the Massif Central, France », Enclaves and granite petrology, Elsevier, Develop. Petrol, 13, , p. 333-343
- ↑ D'anciennes datations lui attribuaient 279 Ma, soit dans le Permien inférieur : Le granite du Sidobre (Tarn)§2. Géologie
- ↑ « Sortie geologique dans le sidobre (81) », sur pedagogie.ac-toulouse.fr (consulté le ).
- ↑ Jacques Magontier, « Le Massif du Sidobre (Tarn, France) : un laccolithe monzo-granodioritique fini-carbonifère mis en place par bouffées magmatiques successives », Carnets natures, vol. 3, , p. 23 (lire en ligne)
- ↑ http://roches-ornementales.com/Site-Sidobre/SIDOBRE.HTML Le Massif du Sidobre §2-Géologie, d-Structure (mesure de l'anisotropie de susceptibilité magnétique sur de nombreuses carottes de granite par des chercheurs de l'Université Paul-Sabatier de Toulouse)]
- ↑ J. Guérangé-Lozes, op. cit., p. 68
- ↑ Jacques Magontier, geologie/itineraires-geologiques/environnement-sidobre.pdf excursion géologique L'environnement géologique du massif granitique du Sidobre, livret-guide, 2017, 20 p.
- ↑ André Denis, En Sidobre : terre de légende, Comité départemental du tourisme du Tarn, , p. 7-8
- ↑ Robert Jalby, Le folklore du Languedoc. Ariège, Aude, Lauraguais, Tarn, G.-P. Maisonneuve & Larose, , p. 307
- ↑ Prononcez ['pɛjro‿kla'βaðo].
- ↑ André Denis, op. cit., p.75
- ↑ Selon une version de la légende, un génie éleveur d’oies autorisait chaque nuit un de ses volatiles à sortir de son poulailler pour aller couver son œuf géant au bord de la falaise (ou pour aller filer l’amour avec le jars d’un poulailler voisin). Mais l’oie devait regagner son enclos avant le lever du soleil. Un jour de printemps, elle revint alors que l’astre était haut. Pour la punir, le génie la pétrifia, ainsi que son œuf qui tremble encore sur un rocher voisin.
- ↑ Communauté de communes Sidobre Vals et Plateaux
- ↑ La Dépêche du Midi, 02/11/2006
- Miryam Brisse, « Le granit du Sidobre : un atout économique pour le Tarn », sur france3-regions.francetvinfo.fr, .
- ↑ Source UNICEM Midi-Pyrénées (Union Nationale des Industries de Carrières et Matériaux de Construction)
- ↑ Marie Martin, « Tarn : le Sidobre, terre de granit », sur franceinfo.fr,
- ↑ C.H. Spencer, J.C. Pasquies, Étude technico-économique sur la filière "granit du Tarn ". Établissement d'un état des lieux pour l'ensemble de l'industrie granitière du Sidobre, rapport R 39043 BRGM R, 1996, p. 32
- ↑ En 2016, sur les 30 hectares de surface seuls 40 m de profondeur ont été exploités sur les 2 kilomètres existants aux Carrières Plo.
- ↑ C.H. Spencer, J.C. Pasquies, Étude technico-économique sur la filière "granit du Tarn ". Établissement d'un état des lieux pour l'ensemble de l'industrie granitière du Sidobre, rapport R 39043 BRGM R, 1996, p. 20
- ↑ Marie Martin, « Tarn : le Sidobre, terre de granit », sur france3-regions.francetvinfo.fr, .