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Jenneval

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Jenneval
Pierre-Louis Delaval, Portrait d'Hipolyte Louis Alexandre Dechet, dit Jenneval, 1821
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 29 ans)
BoechoutVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités
Famille
Œuvres principales

Alexandre Dechet[1], dit Jenneval, est un comédien et poète français né le à Lyon[1] et mort le à l'âge de 29 ans, au combat à Boechout lors de la bataille de Lierre, durant la guerre belgo-néerlandaise.

Jenneval est à Bruxelles lors du début de la révolution belge et, à l'instar d’autres français, il s'engage comme volontaire, dans le corps franc des chasseurs Chasteler. Il est resté célèbre pour être l'auteur des premières paroles de La Brabançonne, l'hymne national de la Belgique.

Hypolite Louis Alexandre Dechet nait le 9 pluviôse an IX () à Lyon dans la rue Peyrat[2]. Il est le fils de Guillaume Dechet dit « Lechef », négociant et ancien militaire, et de Jeanne Marie Eustache[3]. Cette dernière a déjà un fils, Hippolyte Dumas de Lamarche, né le , qui est donc le demi-frère ainé d'Alexandre.

À l'âge d'onze ans, il entre au lycée Henri-IV de Paris afin de se conformer au souhait de ses parents qui le destinent à des études de droit. Cependant, il est repéré par la famille de l'un de ses camarades de classe, de riches banquiers parisiens, qui lui propose de l'engager comme employé de maison. Alexandre accepte et travaille deux années, jusqu'au décès du chef de famille qui le fait revenir à sa passion pour les arts[4].

Carrière artistique

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En 1824, il part pour la Corse et s'engage au théâtre d'Ajaccio où il ne rencontre pas de succès. Il se rend alors à Marseille la même année, où le public est plus réceptif mais il connait rapidement des problèmes de santé qui lui imposent de stopper momentanément sa carrière à la fin de l'année 1825[5]. En 1826, il est engagé au Théâtre de l'Odéon à Paris où il joue le rôle de Charles dans Le Tyran domestique ou celui de Dorsay dans Les Deux Ménages. Sa santé s'améliorant, il part à Lille à la fin de l'année 1827 où il trouve un certain succès. Il s'engage ensuite au théâtre royal de la Monnaie de Bruxelles, alors située dans le Royaume uni des Pays-Bas, où il apparait pour la première fois en tenant le rôle de Victor dans Les Comédiens de Casimir Delavigne[6].

La Gazette des Pays-Bas du fait les éloges de cette représentation[7] :

« A travers l'embarras, l'émotion inséparables d'un premier début, on a reconnu hier à M. Jenneval de rares qualités, telles qu'une diction correcte, une chaleur du plus heureux augure à son âge, et une entente du théâtre qui fait beaucoup d'honneur à ses études. Des applaudissements unanimes et souvent prolongés ont signalé de toutes parts son admission qu'aurait pu rendre douteuse le rôle de Victor des Comédiens, choisi par lui, si les belles dispositions, le talent du nouveau venu n'eussent bientôt triomphé des impressions, des souvenirs encore récents que M. Bouchez a laissés dans ce rôle. »

Jenneval est définitivement adopté à La Monnaie le , avec son rôle d'Ernest dans Valérie, d'Eugène Scribe et Mélesville. Il connait ensuite un véritable triomphe en interprétant Néron dans la tragédie Une fête de Néron d'Alexandre Soumet et Louis Belmontet, jouée pour la première fois le [8]. Cela lui ouvre les portes de la Comédie-Française, et il retourne à Paris où il joue dans Mérope (tragédie de Voltaire) et L'Étourdi (comédie de Molière). Cependant, la Deuxième Révolution française vient interrompre brusquement cette nouvelle carrière dès le déclenchement des émeutes le et conduisent Jenneval à revenir à Bruxelles, pour jouer à La Monnaie.

Révolution belge

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Jenneval lisant ses premières paroles de La Brabançonne.

Jenneval se trouve à Bruxelles quand les premières émeutes de l'insurrection de 1830 dans les Pays-Bas méridionaux se déclenchent à la suite de la représentation de La Muette de Portici au théâtre de la Monnaie le soir du . Il suit le mouvement de la participation française à la révolution belge de 1830 et s'inscrit parmi les membres de la garde bourgeoise de Bruxelles, mise sur pied afin de maintenir l'ordre public. Il y écrit les premières version de La Brabançonne, le futur hymne national de la Belgique. Le premier texte est publié par L’Écho des Pays-Bas le et est mis en musique par François Van Campenhout pour être chanté pour la première fois le , de manière très symbolique, lors de la réouverture du théâtre de la Monnaie, par le ténor Jean-François Lafeuillade, celui-là même qui était sur scène et chantait amour sacré de la Patrie lors du début des émeutes du .

Après les Journées de Septembre, il s’engage comme volontaire dans le corps franc des chasseurs Chasteler. Il participe dans un premier temps à dans des escarmouches autour de Vilvorde, dans l’actuelle banlieue nord de Bruxelles, ce qui lui permet de continuer à monter sur scène. Sa dernière montée sur les planches du théâtre de la Monnaie a lieu le lors d'une soirée musicale organisée par François Van Campenhout, au bénéfice des patriotes belges blessés. La partie dramatique de la soirée se compose de L'Honnête Criminel, ou l'Amour filial, un drame en cinq actes de Fenouillot de Falbaire, où Jenneval joue le rôle d'André.

Les funérailles de Jenneval.

Il meurt le lors de la bataille de Lierre, plus précisément à Boechout entre Lierre et Malines, la tête emportée par un boulet hollandais. Son unité fait alors partie du corps d'armée dirigé par Charles Niellon.

Jenneval a écrit les paroles de la première version de La Brabançonne, l'hymne national de la Belgique. Celles-ci ne sont plus les paroles actuelles.

Portrait de Jenneval.

En 1897, un monument à sa mémoire est érigé au côté nord de la place des Martyrs au centre de Bruxelles. Il porte l’inscription « À Jenneval, poète de la Brabançonne, mort pour l’indépendance nationale. Hommage de la Ville de Bruxelles,  ».

Le , Jean-Baptiste Vautier lui dédie un poème, qu'il propose sur l'air de La Brabançonne[9] :

Il triomphait des vils Bataves
Et voyait fuir nos ennemis,
Quand ce brave d'entre les braves
Tombe en défendant son pays !
Il n'est plus! mais que sa mémoire
Repose au sein de l'immortalité !
Que son nom s'inscrive avec gloire (bis)

Aux fastes de la liberté !
Avec nous il courut aux armes
Pour chasser d'indignes tyrans,
Et de la patrie en alarmes,
Sa voix ralliait les enfans.
La reconnaissance publique
Ceignait son front d'un laurier mérité ;
Et nous le nommions en Belgique
Le chantre de la liberté. (bis)

Un boulet a brisé la lyre
Dont les accens charmaient nos cœurs ;
Et le soldat-poète expire
Aux yeux de ses amis vainqueurs !
Ainsi qu'un preux de noble race,
Ses compagnons au tombeau l'ont porté ;
Et leurs vœux ont marqué sa place !
Sous l'arbre de la liberté. (bis)

Sous le feu du canon qui tonne
Nos bourgeois devenus soldats,
Au refrain de sa Brabançonne
Bravent à l'envi le trépas.
ô vous tous que la gloire enivre,
Qu'en son honneur ce chant soit répété :
Les Brabançonnes doivent vivre
Autant que notre liberté. (bis)

Bibliographie

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  • Charles Vandersypen, Les chasseurs-Chasteler et la Brabançonne 1830-1880 : épisodes historiques sur l'ancien corps franc des chasseurs volontaires bourgeois de Bruxelles et biographies des auteurs du chant national de la Belgique Jenneval et Campenhout., Bruxelles, Bruylant-Christophe, (lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article

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Notes et références

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  1. a et b Acte de naissance no 749 de la page 76/273, cote du registre 2E98. Nom de naissance inscrit sur l'acte = Hypolite Louis Alexandre dit Dechet. L'acte de naissance a été écrit le 9 pluviôse de l'an 9... né le sept (7) du mois courant, et le 7 pluviôse de l'an 9 correspond au 27 janvier 1801 dans notre calendrier. Il faut cliquer sur "Accéder aux registres" puis sur "Personnalités" puis sur "J" et on cherche le nom "Jenneval", en ligne sur le site des archives municipales numérisées de Lyon.
  2. « La fête nationale Belge », Le Salut public,‎ (lire en ligne, consulté le )
  3. Vandersypen 1880, p. 39.
  4. Vandersypen 1880, p. 40.
  5. Vandersypen 1880, p. 41.
  6. Vandersypen 1880, p. 42.
  7. Vandersypen 1880, p. 43.
  8. Vandersypen 1880, p. 44.
  9. Auguste De Wargny, Suppléments aux esquisses historiques de la première époque de la révolution de la Belgique en 1830. Du 25 août au 29 septembre. - espace de 35 jours, Bruxelles, J-P Meline, (lire en ligne), p. 258

Liens externes

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