Herensuge
Herensuge (prononcer « Héreinechougué ») est un serpent gigantesque dans la mythologie basque, variante de dragon. Il vole dans les airs et est généralement représenté avec sept grosses têtes.
Herensuge est l'une des créatures les plus importantes de la mythologie basque. Ses noms varient, mais la permanence du suffixe « suge » (couleuvre, serpent[1]) suffit à justifier sa nature. C'est en effet un serpent[2].
On trouve les noms de Erensugue, Erensuge, Iraunsuge, Lerensuge, Herainsuge, Errensuge, Hensuge, Edensugue, Edeinsuge, Edaansuge, Igensuge, Iraunsuge[2].
Herensuge est décrit comme ayant parfois sept têtes ou parfois une seule, reflétant la diversité des versions orales attestées dans le domaine mythique basque[2].
Origines et légendes
[modifier | modifier le code]Herensuge habite cavernes, montagnes et gouffres, et ses attaques terrifient les bergers et troupeaux ; il est au centre de nombreux récits héroïques. La figure du Herensuge est associée à des lieux naturels comme des cavernes, des montagnes et des gouffres dans diverses légendes du Pays basque, où il incarne une force surnaturelle redoutable[3]. On l'a localisé dans les grottes d'Azalegi ou d'Ertzagaina, sur la montagne d'Ahuski, dans le gouffre de Saint-Michel-in-Excelsis sur le mont Aralar, et de nombreux autres lieux de la montagne basque. Il aspire par son souffle puissant les troupeaux qui passent à sa portée, voire les bergers, et les avale, motif qui se retrouve dans plusieurs récits mythiques de serpents gigantesques à travers les Pyrénées.
C'est un avatar de cette légende qui traite du serpent géant du lac d'Isaby, dans le Lavedan[4],[5], et qu'on retrouve dans d'autres lieux pyrénéens.
Dans plusieurs contes, le serpent géant en flammes traverse le ciel et va s'abîmer dans l'Océan : Selon ce qui est raconté à Ezpeleta, lorsqu’il lui apparaît la septième tête, il s’enflamme et vole rapidement vers la région d’Itxasgorrieta (« région des mers rouges » de l’Ouest), où il disparaît dans l’océan. Il produit un bruit effroyable lorsqu’il traverse les airs[6].
Dans d'autres récits, le fils du château de Çaro empoisonne Herensuge, qui s'embrase et s’élance vers l’océan, coupant avec sa queue les cimes des hêtres de la forêt d’Itze («forêt des Arbailles»). À Arrasate, un forgeron le tue avec une barre de fer préalablement rougie, tandis qu’à Orduña, un ange lui trancha la tête. La légende de Teodosio de Goñi explique comment Saint Michel mit fin au serpent au sanctuaire de San Migel d'Aralar[6].
La seule différence avec le dragon traditionnel cracheur de feu est que les serpents pyrénéens meurent du feu intérieur qui les consume : le forgeron d'Arbouix tue le serpent d'Isaby en lui faisant avaler des barres de fer rouge, et les héros des légendes basques lui donnent une peau de bête remplie de poudre à canon enflammée[5].
On raconte aussi qu'un jour, Herensuge enleva deux jeunes filles, mais que le chevalier Gaston de Belzunce le tua, libérant ainsi les deux malheureuses ; le preux chevalier mourut peu après de ses blessures[5].
Influence et motifs mythologiques
[modifier | modifier le code]Les thèmes relatifs à Herensuge ont donné lieu à la formation de plusieurs récits populaires, dont certains ont été repris par des auteurs[7],[8].
Certains motifs liés à ce génie ont interféré avec ceux de Sugaar ou Sugoi, un autre génie prenant la forme d’un serpent. Dans certains cas, il semble que les récits concernant Herensuge aient supplanté ceux de Sugaar, qui présentent un caractère d’ancienne tradition dans le pays. En effet, le territoire de Sugaar apparaît fragmenté et confiné aux lieux les plus reculés par rapport à celui de Herensuge, ce qui pourrait indiquer que ce dernier est d’apparition plus récente dans les récits populaires du pays.
On ne connaît pas exactement le sens de (H)eren, mais selon le bascologue Michel Morvan, il doit signifier "mâle" comme -ar dans Sugaar. Il le rapproche de manière convaincante du dragon mythologique Erenkyl "serpent mâle" des Iakoutes de Sibérie[6].
Le thème du serpent volant est très répandu dans la plupart des mythologies. Il traverse le ciel en laissant une traînée de feu. Dans de nombreux cas en France, il affecte la forme de la Vouivre : il porte sur la tête une pierre précieuse d'une grande pureté, qu'il laisse sur la rive lorsqu'il va se baigner dans un lac ou un étang[9].
Enfin, il est dit que, le jour où Herensuge se réveillera, il détruira le monde entier dans les flammes et le sang[3].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ Claude Labat, Libre parcours dans la mythologie basque : avant qu'elle ne soit enfermée dans un parc d'attractions, Bayonne; Donostia, Lauburu ; Elkar, , 345 p. (ISBN 9788415337485 et 8415337485, OCLC 795445010), p. 60-63
- José Miguel Barandiaran (trad. Olivier de Marliave, préf. Jean Haritschelhar, photogr. Claude Labat), Mythologie basque [« Mitología vasca »], Toulouse, E.S.P.E.R, coll. « Annales Pyrénéennes », , 120 p. [détail des éditions] (ISBN 2907211056 et 9782907211055, OCLC 489680103), p. 71-72
- (es) José Miguel Barandiaran, Diccionario Ilustrado de Mitología Vasca y algunas de sus fuentes, Bilbao, Editorial La Gran Enciclopedia Vasca, , 452 p. [détail des éditions] (OCLC 770355)
- ↑ Jean-François Bladé, Contes populaires de la Gascogne, Paris, Maisonneuve frères et C. Leclerc, , 358 p. (lire en ligne)
- Eugène Cordier, Les Légendes des Hautes‑Pyrénées, France, F. Cazenave / réédition Hachette BNF, 1855 (édition originale), rééd. 2020, 150 p. (ISBN 9782329393889)
- Herensuge, Auñamendi Eusko Entziklopedia
- ↑ Agosti Xaho, Le serpent de Valdextre faisant partie de Biarritz, entre les Pyrénées et l'Océan : itinéraire pittoresque.... Partie 1, 1855, Bayonne
- ↑ Juan Delmas, Guía Histórico-descriptiva del viajero en el Señorío de Vizcaya, Bilbao, 1864
- ↑ (en) R. A. Boulay, Flying Serpents and Dragons: The Story of Mankind's Reptilian Past, Charleston, SC, USA, Book Tree, , 276 p. (ISBN 9781885395382)
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Wentworth Webster (trad. Nicolas Burguete, postface Un essai sur la langue basque par Julien Vinson.), Légendes basques : recueillies principalement dans la province du Labourd [« Basque legends »], Anglet, Aubéron, (1re éd. 1879), 328 p. [détail de l’édition] (ISBN 2844980805 et 9782844980809, OCLC 469481008)
- Édouard Brasey, L'encyclopédie du merveilleux, T2 : Du bestiaire fantastique, Le Pré aux Clercs, 2006, p. 27-28.
