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Gouvernement Darlan

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Gouvernement Darlan

État français (Vichy)

Description de l'image defaut.svg.
Chef de l'État et Président du Conseil Philippe Pétain
Vice-président du Conseil François Darlan
Formation
Fin
Durée 1 an, 2 mois et 8 jours
Composition initiale
Drapeau de la France

Le gouvernement Darlan est le troisième gouvernement du régime de Vichy en France, constitué par Philippe Pétain. Il succède au gouvernement Flandin II le et se termine le , lors du rappel de Pierre Laval.

Formation du gouvernement

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Après la démission de Pierre-Étienne Flandin, l'amiral François Darlan est nommé vice-président du Conseil, ministre secrétaire d'État aux Affaires étrangères et à la Marine, le .

Il devient aussi responsable au du ministère de l'Intérieur en remplacement de Marcel Peyrouton.

Les autres membres du gouvernement précédant continuent de constituer le gouvernement jusqu'à ce que les membres du nouveau gouvernement soient nommés le .

La présence de Darlan au pouvoir renforce l'ingérence allemande alors que l'équipe est inspirée du diplomate Otto Abetz et de l'historien Jacques Benoist-Méchin avec une forte présence de technocrates et de réactionnaires[1].

Composition du gouvernement au 24 février 1941

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1941.08.11 - Constitution du gouvernement de François Darlan.
Portefeuille Ministre de tutelle Titulaire Parti ou apparentement
Chef de l'État français, président du Conseil Philippe Pétain SE
Vice-président du Conseil, Ministre secrétaire d'État à la Marine, aux Affaires Étrangères et à l'Intérieur, chargé de l'Information François Darlan SE
Ministres Secrétaires d'État
Garde des Sceaux et Ministre secrétaire d’État à la Justice Joseph Barthélemy AD
Ministre secrétaire d'État à la Guerre, commandant en chef des forces terrestres Charles Huntziger DVD
Ministre secrétaire d'État à l'Économie nationale et aux Finances Yves Bouthillier DVD
Ministre secrétaire d'État à l'Agriculture Pierre Caziot SE
Secrétaires d’État
Secrétaire d'État à l'Aviation Vice-président du Conseil, Ministre secrétaire d'État à la Marine Jean Bergeret SE
Secrétaire d'État à l'Éducation nationale et à la Jeunesse Ministre secrétaire d'État à la Guerre Jérôme Carcopino SE
Secrétaire d'État à la Famille et à la Santé Jacques Chevalier DXD
Secrétaire d'État aux Colonies Charles Platon SE
Secrétaire d'État à la Production industrielle Ministre secrétaire d'État à l'Économie nationale et aux Finances Pierre Pucheu DXD
Secrétaire d'État au Travail René Belin DVG
Secrétaire d'État aux Communications Jean Berthelot SE
Secrétaire d'État au Ravitaillement Ministre secrétaire d'État à l'Agriculture Jean Achard SE

Secrétaires généraux

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Portefeuille Titulaire Parti ou apparentement
Délégué à l'Équipement national François Lehideux DXD
Délégué général aux Affaires économiques franco-allemandes Jacques Barnaud SE
Secrétaire général adjoint à la vice-présidence du Conseil pour l'Information Paul Marion PPF
Secrétaire général adjoint à la vice-présidence du Conseil Jacques Benoist-Mechin PPF
Délégué général du gouvernement dans les territoires occupés Fernand de Brinon SE
Secrétaire général à l'Équipement national Henri Giraud SE
Secrétaire général au Ravitaillement Jacques Billiet SE
Secrétaire général à la Justice Georges Dayras SE
Secrétaire général aux Finances publiques Henri Deroy SE
Secrétaire général à la présidence du Conseil (jusqu'au ) Jean Fernet DXD
Secrétaire général à la Jeunesse Georges Lamirand SE
Secrétaire général du chef de l'État Auguste Laure SE
Secrétaire général aux Questions économiques (jusqu'au ) Olivier Moreau-Néret SE
Secrétaire général aux Travaux publics et Transports Maurice Schwartz SE
Secrétaire général à l'Instruction publique Adolphe Terracher SE
Commissaire général à l'éducation physique et aux sports Jean Borotra PSF
Commissaire général des Chantiers de jeunesse (à partir du ) Joseph La Porte du Theil SE
Secrétaire général des Beaux-Arts (à partir du ) Louis Hautecœur SE
Secrétaire général à L'Administration générale (à partir du , jusqu'au ) Maurice Sabatier SE
Commissaire général aux Questions juives (à partir du ) Xavier Vallat FR

Remaniements

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    • Jean Filippi : secrétaire général aux Questions économiques.
    • Pierre Caziot : succède à Jean Achard comme ministre au Ravitaillement. Il conserve son poste de ministre secrétaire d'État de l'Agriculture.
  •  :

Composition du gouvernement au 11 août 1941

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Portefeuille Ministre de tutelle Titulaire Parti ou apparentement
Chef de l'État français, président du Conseil Philippe Pétain SE
Vice-président du Conseil, Ministre secrétaire d'État de la Défense nationale, à la Marine et aux Affaires Étrangères François Darlan SE
Ministres Secrétaires d'État
Garde des Sceaux et Ministre secrétaire d’État à la Justice Joseph Barthélemy AD
Ministre secrétaire d'État à l'Intérieur Pierre Pucheu DXD
Ministre secrétaire d'État à la Guerre, commandant en chef des forces terrestres Charles Huntziger DVD
Ministre secrétaire d'État à l'Économie nationale et aux Finances Yves Bouthillier DVD
Ministre secrétaire d'État à l'Agriculture Pierre Caziot SE
Ministre d'État Henri Moysset DXD
Ministre d'État Jean Romier DVD
Secrétaires d’État
Secrétaire d'État à la vice-présidence du Conseil Jacques Benoist-Méchin DXD
Secrétaire d'État à l'Aviation Vice-président du Conseil, Ministre secrétaire d'État à la Marine Jean Bergeret SE
Secrétaire d'État à l'Éducation nationale et à la Jeunesse Ministre secrétaire d'État à la Guerre Jérôme Carcopino SE
Secrétaire d'État à la Famille et à la Santé Serge Huard SE
Secrétaire d'État aux Colonies Charles Platon SE
Secrétaire d'État à la Production industrielle Ministre secrétaire d'État à l'Économie nationale et aux Finances François Lehideux SE
Secrétaire d'État au Travail René Belin DVG
Secrétaire d'État aux Communications Jean Berthelot SE
Secrétaire d'État au Ravitaillement Ministre secrétaire d'État à l'Agriculture Paul Charbin SE

Nominations du  :

  • Secrétaire général de l'Information et de la Propagande au Ravitaillement : Paul Marion
  • Secrétaire général honoraire de la Police : Henry Chavin jusqu'au
  • Secrétaire général à la Main-d'œuvre : Francis Million jusqu'au
  • Délégué général aux Relations économiques franco-allemandes : Jacques Barnaud.

Actions gouvernementales

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Une collaboration dans le cadre de la Shoah

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En février, Jacques Benoist-Méchin est nommé secrétaire général adjoint à la vice-présidence du Conseil le sur proposition d'Otto Abetz et de Fernand de Brinon pour faire l'intermédiaire entre Laval et Darlan ainsi que de rapprocher Vichy avec l'Allemagne[2]. Darlan a rejoint l'opinion de la collaboration seulement après la rencontre de Montoire en octobre. Son objectif est donc de rester neutre et de renforcer la France. La collaboration permettrait alors de modifier le régime d'armistice. Pour l'obtenir, il favorise une collaboration intérieure. Il crée dès le , le Commissariat général aux questions juives. Il estime qu'il faut « sauver les juifs français » mais qu'il souhaite se « débarrasser » des autres, incluant les naturalisés depuis 1927. C'est Xavier Vallat qui en devient le directeur. Dalran radicalise rapidement les mesures antisémites[3]. Le est organisé la rafle du billet vert à Paris sous l'organisation du préfet de Paris. Le , le deuxième statut vichyste des Juifs est institué. Il définit plus précisément la notion de « juif » dans un sens racial. Il interdit les juifs dans toute la fonction publique, y compris dans l'armée et dans les entreprises publiques. Les exceptions pour anciens combattants sont maintenues. De très nombreux nouveaux métiers sont interdits aux juifs, comme ceux de la finance, de la communication, du journalisme, de la culture dont le cinéma et de la radio. Il instaure aussi un numérus clausus de 2 % pour les professions libérales et de 3 % pour enseigner à l'Université. Ce statut autorise les préfets à pratiquer l'internement administratif de Juifs de nationalité française. Un décret passé en qui exclut aussi les Juifs des professions commerciales ou industrielles. Le , tous les juifs doivent être recensés. Le 21, le nombre d'étudiant juifs ne peut être que de 3 %. Le , il est interdit aux juifs d'être avocats ou d'être officier public. Le , il est créé un loi d'aryanisation des juifs absents. Le , il n'est autorisé que la présence de 2 % de médecin par conseil de l'ordre des médecins, il est alors procédés à des radiations. Le , le même taux est appliqué aux architectes. Le , plus aucun juifs ne peut acheter un fond de commerce. Le , les députés et sénateurs juifs sont déchus de leurs mandats et le 29, la loi porte dissolution des associations juives et transfert leurs biens à l'Union générale des Israélites de France placée sous le contrôle du Commissariat général aux questions juives. Le , un décret prévoit l'internement des étrangers et apatrides juifs entrés en France depuis le . Le , le numérus clausus est étendue à la profession de sage-femme et aux pharmaciens.

Collaboration économique

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Du côté économique, il est organisé une collaboration accrue, via notamment une forte exportation française vers l'Allemagne de produits d'alimentation, textiles, minerais et produits coloniaux. Si 1 331 entreprises françaises produisaient déjà directement ou indirectement pour la Wehrmacht, l’intégration économique de la France à la division allemande du travail est accrue. L'industrie aéronautique est entièrement tournée pour l'Allemagne. Darlan offre union douanière entre la France et l’Allemagne. Se montrant transitoirement intéressées, les autorités allemandes, alors que le front méditerranéen se développe, négocient un accès aux bases syriennes dans un premier temps. Vichy accepte le contrôle allemand sur les devises et un accord de « clearing » défavorable contre l’ouverture de la ligne de démarcation aux échanges économiques. Une majorité de la production militaire est aussi exportée vers l'Allemagne. La collaboration conduit par ailleurs à une perte importante du patrimoine architectural. Le , un décret est publié dans la presse parisienne, annonçant l’enlèvement de monuments, dans le but affiché de réinjecter les métaux dans le circuit de la production industrielle et agraire. L’étendue des pertes subies par le patrimoine national est énorme : selon certaines estimations des conservateurs, environ 1 700 statues furent détruites sur ordre du gouvernement de Vichy, dont plus de cent pour la seule capitale parisienne. Dakar et Casablanca deviennent des ports de ravitaillements pour les U-Bootes allemands.

Les relations avec les États-Unis se poursuivent et le gouvernement tente d'utiliser celle-ci pour infléchir la politique anglaise et réduire le blocus, ce qui n'est entravé que jusqu'au printemps. Un accord commercial de ravitaillement est conclu en février[4].

La recherche d'une plus grande collaboration franco-allemande (mai à juillet 1941)

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Darlan soumet le plan de collaboration à Abetz le , il souhaite un vaste plan de collaboration : un plan d'armement soutenant le Reich, le convoyage de navires de ravitaillement, des attaques contre la Royal Navy, le remplacement du personnel diplomatique et militaire selon les souhaits allemands, des actions anti-gaullistes et anti-anglaises, il promet de poursuivre cette politique en échange d'avantage côté français. Dans le même temps, la guerre anglo-irakienne a éclaté en Orient et Vichy anticipe que les Allemands souhaiteraient utiliser les aérodromes en Syrie. Abetz sollicite en effet le gouvernement de Vichy pour la livraison d'armes en Irak via la Syrie. Darlan accepte immédiatement en échange du réarmement de navires français, de la libération de 300 000 prisonniers de guerre ainsi que la diminution à 300 millions de francs par jour. Berlin accepte toutes les contreparties et Darlan, sans accord formalisé, invite les troupes allemandes sous couleurs irakienne ou en civil de venir en Syrie. Le 7, ce n'est finalement que 90 000 prisonniers qui sont rendus et le réarmement de quelques torpilleurs mais aucune réduction des frais d'occupation, refusé par le commission d'armistice. Le 9, après l'arrivée des premiers avions de la Luftwaffe, Darlan rompt l'accord, se sentant trahit mais il est invité par Hitler au Berghof. Cette rencontre n'a en réalité aucune envie de répondre aux demandes françaises et ne parle que d'accord point par point. Face à cela, Darlan pense qu'il peut donc obtenir plus et le soutient en conseil des ministres que la collaboration doit être accrue. Le maréchal prononce un discours en ce sens qui lui permet de renforcer sa politique. Ce discours ouvre les yeux des Américains qui révise leur politique bienveillante envers Vichy[5].

Les 27 et sont signés les Protocoles de Paris qui donne des facilités en Syrie pour les troupes allemandes, notamment la mise à disposition d'aérodromes pour la Luftwaffe, l'utilisation du port tunisien de Bizerte et de la voie ferrée Tunis-Gabès pour l'approvisionnement de l'Afrika Korps et l'accès aux navires de guerre (y compris et surtout les sous-marins) et navires de commerce allemands au port de Dakar. En échange, la France peut augmenter les effectifs de l'armée d'Afrique, de l'assouplissement du passage de la ligne de démarcation, un meilleur ravitaillement et un assouplissement de la politique allemande sur les prisonniers de guerre. Darlan demande aussi un quatrième protocole qui doit donner des concessions économiques et politiques mais qui ne sont pas signés. Finalement, ces accords sont déséquilibrés car il ne peut aboutir qu'à la guerre contre l'Angleterre, ce qui est prévu par Darlan, mais que l'Allemagne ne souhaite pas réellement faire des concessions en échange, ce qui n'est pas compris par Vichy. Face à ces fortes concessions, plusieurs personnalités de haut dignitaires démissionnent. Abetz refuse aussi le contrôle de la presse en zone occupé par Vichy. Le , Darlan doit faire face un Conseil des ministres peu enclin à le suivre. Weygand est venu exprès d'Algérie pour dénoncer ces accords, rejoint par Huntziger et Bergeret. Il est décider d'avant ratifier les accords de demander des précisions sur les concessions politiques et économiques. Finalement, Abetz et Berlin acceptent de vagues promesses de transformer l'armistice en un accord de collaboration en cas de guerre avec l'Angleterre mais sans parler de délais d'intervention. Le , il est décider de ne pas appliquer tous les accords sans avoir les contreparties allemandes. Les tractations continuent alors que la Campagne de Syrie débute. Celles-ci ne peuvent en réalité mener nulle par car Abetz souhaite la satellisation de la France et Hitler son écrasement.

Le , Darlan soumet une note avec l'ensemble des demandes de concessions, qui sont bien trop fortes et sont laissées sans réponse tandis que le lendemain Darlan exhorte les fonctionnaires de refuser toute demande incompatible avec l'armistice[6].

Le , à la suite de l'opération Barbarossa, Vichy rompt ses liens diplomatiques avec l'URSS. La chasse au communistes s'intensifie, notamment avec la nomination de Pierre Pucheu comme secrétaire d'État à l'Intérieur[7].

À la suite du fiasco syrien, Darlan fait monter les enchères à partir du . Pour l’application de la partie 2 du protocole (Bizerte) et 3 (Dakar), il réclame de substantielles concessions économiques et politiques à même d’amadouer l’opinion publique française. Entretemps, Hitler à la suite de l’opération Barbarossa (le ) a de lui-même renoncé à Dakar. Darlan précise ses demandes dans une note verbale du , remise à Abetz : il s’agit de remplacer l’accord d’armistice par un traité prévoyant la souveraineté et la coopération totale de la France dans l'alliance tripartite ainsi qu'un traité de paix. L’Allemagne refuse toute concession en échange de la seule Bizerte, assimile la note à une « naïve tentative de chantage » et Abetz reçoit l’ordre de se montrer plus réservé. Cette offre diplomatique est la plus poussée demandée par Vichy avec une véritable offre d'alliance.

Avec l'invasion de l'URSS, une certain nombre collaborationnistes espèrent que la France participe à l'effort de guerre. Darlan accepte la création d'un corps de volontaires le , la Légion des volontaires français contre le bolchevisme est une association loi de 1901 dirigée dans la Zone occupée par un Comité central chargé du recrutement, dont faisaient partie Eugène Deloncle, Jacques Doriot, Marcel Déat, Marcel Bucard, Pierre Costantini, Paul Chack et Pierre Clémenti, tandis que le recrutement dans la Zone libre était confié, selon les journaux de l'époque, à un Comité d'action à Marseille, dirigé par Simon Sabiani[8].

Hitler accepta le concours de volontaires français avec beaucoup de réticence. Il refusa que la création de la LVF entraîne une quelconque obligation envers le gouvernement français et que son effectif dépasse les 15 000 hommes[9].

Pétain a eu une attitude ambiguë envers la LVF : il déclara sa sympathie pour l'initiative dont les membres détiendraient « une part de notre honneur militaire »[10] et que « leur sacrifice, contribuant à écarter de nous le péril bolchevique, protège notre pays en sauvant également l’espoir d’une Europe réconciliée »[11] (lettre à des volontaires publiée dans le journal du PPF). Il désapprouvera cependant ensuite le port de l'uniforme allemand et gardera une attitude distante envers cette unité[12].

Le , la réponse allemande à la note de la veille est négative et confirme à nouveau que l'Allemagne ne souhaite pas avoir la France comme cobelligérant. Du côté oriental, des accords franco-nippons (Accords Darlan-Kato) sur l’Indochine sont conclus qui permettent l'occupation japonaise en Indochine ainsi que l'exportation alimentaire vers le Japon[13].

Une fascisation du pouvoir (juillet - septembre)

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Le , en raison de rumeurs qui sont largement infondées, le Secrétaire d'État au Ravitaillement Jean Achard est poussé à la démission pour s'assurer l'assentiment de l'opinion publique au moment où les pénuries s'intensifient. De plus, à partir de mai mais surtout après le et l'invasion de l'URSS par l'Allemagne, le parti communiste français entre dans la résistance et provoquent des attentats contre les Allemands. Cette guerre à l'Est est approuvé par le gouvernement et Pétain, Darlan souhaitant contribuer pour trouver une place dans cette nouvelle Europe[14].

Le , un important remaniement a lieu puisque Darlan récupère le ministère de la Défense nationale, tandis qu'il conserve le fasciste Pierre Pucheu à l'Intérieur. Le régime adopte donc une ligne dure contre les contestations internes. Paul Marion, lui aussi ancien membre du PPF, est promu Secrétaire général pour l'Information et la Propagande. Benoist-Méchin devient Secrétaire d'État à la vice-présidence du Conseil ce qui parfait l'édifice gouvernemental. Joseph Barthélemy est maintenu à la Justice pour rassurer. Le gouvernement est renforcé dans sa dimension de collaboration franco-allemande avec des technocrates réactionnaires. Cela a tendance à alimenter la théorie de la synarchie alimentée par les collaborationnistes. Le gouvernement estime que contrairement à ce que souhaite Pétain, la révolution nationale doit se faire par le haut.

L'administration est immédiatement profondément réformé, les préfets régionaux prennent pleinement leurs pouvoirs de police et de ravitaillement dans le cadre des provinces. Il est prévu que les préfets épurent les administrations locales, les groupes mobiles de réserve, créé en début d'année, sont placés sous leur commandement. Ils deviennent aussi le principal relais avec l'occupant. Le est créé une nouvelle institution, les commissaires du pouvoir. Ils sont rattachés à la vice-présidence et sont chargés d'étudier et de proposer des moyens pour la coordination des services, recueillir les doléances des administrés et de contrôler les abus, ainsi que de veiller à l'application des lois, décrets et circulaires. Il s'agit d'un rôle politique de surveillance et de contrôle sur les fonctionnaires. La mise en pratique est presque nulle en raison du blocage venant notamment de Pucheu[15].

Au cours du gouvernement, et des suivants, le nombre fonctionnaires augmente qui étatise de plus en plus de services. Avec les actes 8 et 9 du , tous les magistrats et les militaires doivent prêter serment à Vichy et à Pétain, seul un seul magistrat refusera. L'acte 10 étant ce serment à tous les fonctionnaires, qui est cependant sacralisé et n'est donc pas fait d'un seul coup dans tous les corps de métier[16]. Dans le même temps, les francs-maçons sont exclus de la fonction publique au fur et à mesure de leur découverte ce qui désorganise l'administration et ne touche en réalité que les petits fonctionnaires locaux[17].

Dans le deuxième quinzaine d'août, les communistes sont plus fortement réprimés avec l'arrestation de jeunes communistes. En lien avec le pseudo « judéo-bolchévisme », les SS arrêtent 4 200 juifs à Paris avec la police parisienne. L'attentat du métro Barbès marque les esprits et le , antidatée du , une loi permet de réprimer légalement le communisme et l'anarchisme est adoptée. Il s'agit d'une rupture avec le droit français qui avait supprimé la peine de mort pour des raisons politiques jugée par des sections spéciales[18].

Le , il est créé un Tribunal d'État, une juridiction d'exception qui est compétente dans les actes de troubles à l'ordre public, contre la paix intérieure, la tranquillité publique, les relations internationales ou contre le peuple français. Deux sections sont installées, à Paris et à Lyon. Le texte de loi est alors inspiré des textes nazis notamment avec la notion de « peuple ». Il s'agit bien de s'occuper des Résistants.

De la même manière que la justice, la police est réformé, d'abord avec une purge puis une centralisation. Il y a aussi un ajout de polices auxiliaires, chargées de la surveillance et de la traque des trois ennemis de Vichy : les juifs, les francs-maçons et les communistes[19].

Fin du gouvernement

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En octobre, conscient de son opposition à la collaboration, le gouvernement fait ramener Weygand à la métropole. En échange, Pétain obtient une rencontre avec Hermann Göring le dans l'Yonne qui ne mène à rien[20].

Début 1942 est marqué par le procès de Riom qui tourne au fiasco et, sur demande de Hitler, est rapidement clôturé[21].

Le retour de Laval est dès février envisagé par des ministres de Darlan, notamment Pierre Pucheu. Pétain lui-même est influencé par de nombreuses personnes qui souhaitent voir revenir Laval au pouvoir. Même Bouthillier et Labarthète qui n'apprécient pas Laval sont déçu de Darlan et se prononce plutôt pour lui. Côté allemand, les militaires ne sont pas favorables à Laval mais il obtient en forçant de discuter avec Göring le , qui lui indique qu'il ne souhaite pas qu'il revienne au pouvoir. Pourtant, Laval y ressort en disant qu'il a son soutien. Du côté de l'ambassade à Paris, Abetz est aussi partisan de Laval en opposition à son ministre de tutelle, von Ribbentrop. Laval utilise l'entretien avec Pétain pour prévenir d'un, fausse, politique allemande plus dure. L'entourage de Pétain cherche cependant à empêcher Laval de revenir au pouvoir, il le rencontre le où il ment et indique que Darlan souhaite abandonner la politique de collaboration tandis que les Allemands vont mettre un Gauleiter en France. Laval a aussi le soutien des collaborationnistes comme Déat et malgré l'intervention de Ribbentrop contre Abetz puis celle de Du Moulin, le directeur du cabinet civil de Pétain qui cherche à former un gouvernement sous l'influence Lucien Rommier et avec des parlementaires plutôt à gauche comme Jean Mistler, Albert Chichery et Lucien Lamoureux. Mais Abetz l'apprend et demande son départ, qui est obtenu[22].

Laval joue ainsi bien du contexte de transfert de compétences des autorités militaires allemandes vers la Gestapo pour la sécurité et l'antisémitisme. De plus, Darlan est peu soutenu par les ultras et Pétain estime qu'il n'a pas assez obtenu de choses des Allemands. Darlan utilise alors la carte américaine et le , Washington fait savoir que le retour de Laval serait considéré comme inamical. Ce mouvement est contre-productif car les Allemands se positionnent alors officiellement et souhaitent son retour. Le gouvernement chute ainsi le [23].

Notes et références

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  1. Laurent Joly (dir.), Vichy: histoire d'une dictature, 1940-1944, Tallandier, , 560 p. (ISBN 979-10-210-5926-9), p. 165
  2. Laurent Joly (dir.), Vichy: histoire d'une dictature, 1940-1944, Tallandier, , 560 p. (ISBN 979-10-210-5926-9), p. 174
  3. Laurent Joly (dir.), Vichy: histoire d'une dictature, 1940-1944, Tallandier, , 560 p. (ISBN 979-10-210-5926-9), p. 165-169
  4. Laurent Joly (dir.), Vichy: histoire d'une dictature, 1940-1944, Tallandier, , 560 p. (ISBN 979-10-210-5926-9), p. 169-171
  5. Laurent Joly (dir.), Vichy: histoire d'une dictature, 1940-1944, Tallandier, , 560 p. (ISBN 979-10-210-5926-9), p. 171-179
  6. Laurent Joly (dir.), Vichy: histoire d'une dictature, 1940-1944, Tallandier, , 560 p. (ISBN 979-10-210-5926-9), p. 179-185
  7. Laurent Joly (dir.), Vichy: histoire d'une dictature, 1940-1944, Tallandier, , 560 p. (ISBN 979-10-210-5926-9), p. 187
  8. Le Petit Journal, 6 août 1941
  9. Marc Ferro, Pétain, Paris, Fayard, 1987, p. 330.
  10. « En participant à cette croisade dont l'Allemagne a pris la tête, acquérant ainsi de justes titres à la reconnaissance du monde, vous contribuez à écarter de nous le péril bolchevique. […] À la veille de vos prochains combats, je suis heureux de savoir que vous n'oubliez pas que vous détenez une part de notre honneur militaire » (lettre adressée en novembre 1941 à un officier de la LVF, citée par Marc Ferro, op. cit., p. 331.
  11. « Un ordre dans la nuit… », L’ Émancipation nationale,‎ , p. 5 (Émancipation nationale)
  12. Pierre Giolitto, Volontaires français sous l'uniforme allemand, Tempus, 2007, p. 32-37.
  13. Laurent Joly (dir.), Vichy: histoire d'une dictature, 1940-1944, Tallandier, , 560 p. (ISBN 979-10-210-5926-9), p. 195
  14. Laurent Joly (dir.), Vichy: histoire d'une dictature, 1940-1944, Tallandier, , 560 p. (ISBN 979-10-210-5926-9), p. 205-206
  15. Laurent Joly (dir.), Vichy: histoire d'une dictature, 1940-1944, Tallandier, , 560 p. (ISBN 979-10-210-5926-9), p. 206-213
  16. Laurent Joly (dir.), Vichy: histoire d'une dictature, 1940-1944, Tallandier, , 560 p. (ISBN 979-10-210-5926-9), p. 213-216
  17. Laurent Joly (dir.), Vichy: histoire d'une dictature, 1940-1944, Tallandier, , 560 p. (ISBN 979-10-210-5926-9), p. 221
  18. Laurent Joly (dir.), Vichy: histoire d'une dictature, 1940-1944, Tallandier, , 560 p. (ISBN 979-10-210-5926-9), p. 225-229
  19. Laurent Joly (dir.), Vichy: histoire d'une dictature, 1940-1944, Tallandier, , 560 p. (ISBN 979-10-210-5926-9), p. 230-232
  20. Laurent Joly (dir.), Vichy: histoire d'une dictature, 1940-1944, Tallandier, , 560 p. (ISBN 979-10-210-5926-9), p. 238
  21. Laurent Joly (dir.), Vichy: histoire d'une dictature, 1940-1944, Tallandier, , 560 p. (ISBN 979-10-210-5926-9), p. 240
  22. Laurent Joly (dir.), Vichy: histoire d'une dictature, 1940-1944, Tallandier, , 560 p. (ISBN 979-10-210-5926-9), p. 243-247
  23. Laurent Joly (dir.), Vichy: histoire d'une dictature, 1940-1944, Tallandier, , 560 p. (ISBN 979-10-210-5926-9), p. 248

Articles connexes

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Liens externes

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