Beat Furrer
| Naissance | |
|---|---|
| Nationalité |
Suisse et autrichien |
| Formation |
Hochschule für Musik und darstellende Kunst Wien (direction d'orchestre avec Otmar Suitner ; composition avec Roman Haubenstock-Ramati) |
| Activités |
| A travaillé pour |
Université de musique et de performance d'Arts de Graz (en) |
|---|---|
| Membre de |
Akademie der Künste (Berlin, depuis 2005) |
| Maître |
Roman Haubenstock-Ramati, Otmar Suitner |
| Genre artistique |
Musique contemporaine, théâtre musical, opéra |
| Site web | |
| Distinction |
Lion d'or, Biennale de Venise (2006) Grand prix autrichien de l'État (2014) Prix Ernst-von-Siemens (2018) Roche Commission, festival de Lucerne (2024) |
Beat Furrer, né le à Schaffhouse en Suisse, est un compositeur et chef d'orchestre suisse et autrichien. Fondateur du Klangforum Wien en 1985, il est l'une des figures centrales de la création musicale européenne depuis les années 1980. Son œuvre, qui va des pièces solistes aux grands opéras, se distingue par une exploration rigoureuse de la voix humaine, du son comme phénomène de perception, et d'une dramaturgie fondée sur la fragmentation, la superposition et la répétition.
Formation
[modifier | modifier le code]Beat Furrer reçoit sa première formation musicale en piano à l'école de musique de Schaffhouse. En 1975, il s'installe à Vienne où il étudie la direction d'orchestre avec Otmar Suitner et la composition avec Roman Haubenstock-Ramati à la Hochschule für Musik und darstellende Kunst. Il entretient avec ce dernier une relation d'amitié et d'estime mutuelles jusqu'à la mort du compositeur en 1994[1]. En 1984, il remporte le concours de composition « Jeune génération en Europe »[2].
Klangforum Wien et activité de chef d'orchestre
[modifier | modifier le code]En 1985, Beat Furrer fonde le Klangforum Wien, qu'il dirige en tant que directeur artistique jusqu'en 1992 puis comme chef associé. L'ensemble s'impose comme l'un des groupes de référence pour la musique contemporaine en Europe[3]. En 1992, Furrer dirige notamment la première mondiale de la version révisée de l'opéra Amerika de Roman Haubenstock-Ramati[1].
Enseignement
[modifier | modifier le code]Depuis 1991, Beat Furrer est professeur de composition à la Hochschule für Musik und Darstellende Kunst de Graz, poste qu'il occupe jusqu'en 2023[3]. De 2006 à 2009, il est également professeur invité de composition à la Hochschule für Musik und Darstellende Kunst de Francfort-sur-le-Main[4]. À la fin des années 1990, il cofonde avec le violoniste Ernst Kovacic l'académie « impuls » (International Ensemble and Composers Academy for Contemporary Music) à Graz[3].
Œuvre
[modifier | modifier le code]Esthétique
[modifier | modifier le code]L'œuvre de Beat Furrer se construit autour de la perception sonore comme expérience en soi. Sa musique procède par superpositions de couches, filtrages progressifs et distorsions, avec des matériaux parfois brusquement brisés par des gestes emphatiques. La voix humaine — du murmure à la langue pleinement articulée — y occupe une place centrale : les instruments, comme les voix, épousent souvent la déclamation parlée[4]. Chaque œuvre repose sur un concept formel renouvelé : « Pour chaque pièce, je veux créer le matériau et les relations entre intervalles à nouveau. Composer ne m'intéresserait pas si j'avais l'impression de reproduire un concept usé plutôt que d'avancer dans une direction nouvelle »[5].
Théâtre musical et opéras
[modifier | modifier le code]Depuis la fin des années 1980, le théâtre musical constitue le cœur de son activité créatrice. Son premier opéra, Die Blinden (1989), est une commande de l'Opéra d'État de Vienne et créé dans le cadre du festival Wien Modern. Son deuxième opéra, Narcissus (1994), sur des textes d'après les Métamorphoses d'Ovide, est créé à l'Opéra de Graz dans le cadre du Steirischer Herbst[3]. Begehren (2001), pièce de théâtre musical, est créé à Graz, suivi de l'opéra Invocation (2003), d'après Moderato cantabile de Marguerite Duras, Ovide et Cesare Pavese, créé à Zurich[4].
FAMA (2005), théâtre musical en huit scènes pour ensemble, huit voix et acteur, sur des textes de Beat Furrer, Carlo Emilio Gadda, Lucrèce et Arthur Schnitzler, est créé aux Journées musicales de Donaueschingen le 14 octobre 2005. L'œuvre vaut à Furrer le Lion d'or à la Biennale de Venise en 2006[3]. Wüstenbuch (2010), théâtre musical sur des textes de Händl Klaus, Ingeborg Bachmann, Antonio Machado, Lucrèce et le Papyrus Berlin 3024, est créé au Theater Basel[6].
L'opéra la bianca notte (2015), en dix-sept scènes sur des textes du poète italien Dino Campana, de Sibilla Aleramo, Léonard de Vinci, Filippo Tommaso Marinetti et Carlo Pariani, est créé en mai 2015 à l'Opéra d'État de Hambourg[7]. L'œuvre constitue, selon Furrer, un contrepoint à Wüstenbuch : là où ce dernier évoquait l'absence de récit à travers un symbole de désert, la bianca notte fait apparaître le destin d'un personnage à travers différentes strates temporelles et superpositions[7]. Violetter Schnee (2017/2019), sur un livret de Händl Klaus d'après un texte de Vladimir Sorokin, est créé en janvier 2019 à la Staatsoper Unter den Linden de Berlin[6]. Son opéra le plus récent, Das große Feuer (2024), sur un livret de Thomas Stangl d'après le roman Eisejuaz de Sara Gallardo, est créé le 23 mars 2025 à l'Opernhaus Zürich, commande de cet établissement[8].
Œuvres orchestrales et vocales
[modifier | modifier le code]Parmi les œuvres majeures pour orchestre figurent Phaos (2006), créé à Stuttgart, le concerto pour piano et orchestre (2007), créé à la WDR de Cologne, et un deuxième concerto pour piano et orchestre créé avec l'Orchestre de la Suisse Romande sous la direction de Jonathan Nott, avec Francesco Piemontesi comme soliste[6]. En 2024, l'œuvre orchestrale Lichtung est créée le 31 août au Festival de Lucerne dans le cadre de la Roche Commission, sous la direction du compositeur, par le Lucerne Festival Contemporary Orchestra[9].
Son catalogue vocal comprend le cycle Enigma pour chœur a cappella sur des textes de Léonard de Vinci (sept pièces, 2007-2015), Herbst pour chœur a cappella sur un texte de Lucrèce (2015), Spazio immergente II pour deux fois seize voix et percussions (2016), a sei voci pour six voix de femmes (2017), et akusmata pour huit voix et huit instruments (2019/2024, créé en 2022 à Berlin)[10].
Sélection d'œuvres
[modifier | modifier le code]| Titre | Année | Genre | Création | Notes |
|---|---|---|---|---|
| Die Blinden | 1989 | Opéra | Vienne, Wien Modern, 1989 | Commande de l'Opéra d'État de Vienne |
| Narcissus | 1994 | Opéra | Graz, Opéra de Graz, 1994 | D'après les Métamorphoses d'Ovide ; Steirischer Herbst |
| Begehren | 2001 | Théâtre musical | Graz, 2001 | |
| Invocation | 2003 | Opéra | Zurich, 6 juillet 2003 | Textes d'après Marguerite Duras, Ovide, Cesare Pavese ; livret d'Ilma Rakusa et Beat Furrer |
| FAMA | 2005 | Théâtre musical | Donaueschingen, 14 octobre 2005 | Textes de Beat Furrer, Carlo Emilio Gadda, Lucrèce, Arthur Schnitzler ; Lion d'or Venise 2006 |
| Phaos | 2006 | Orchestre | Stuttgart, 2006 | |
| Concerto pour piano et orchestre (n° 1) | 2007 | Concerto | Cologne, WDR, 2007 | |
| Wüstenbuch | 2010 | Théâtre musical | Bâle, Theater Basel, 2010 | Textes de Händl Klaus, Ingeborg Bachmann, Antonio Machado, Lucrèce, Papyrus Berlin 3024 |
| Xenos-Szenen | 2010 | Ensemble vocal et instrumental | Wittener Tage für neue Kammermusik, 2010 | 8 voix et ensemble ; 25e anniversaire du Klangforum Wien |
| passaggio | 2014 | Chœur et orchestre | Madrid, 8 avril 2014 | Texte de Léonard de Vinci |
| Enigma (cycle, I–VII) | 2007–2015 | Chœur a cappella | Créations à Graz, Paris, Witten, 2007–2015 | Textes de Léonard de Vinci |
| la bianca notte | 2015 | Opéra | Hambourg, Opéra d'État, mai 2015 | Textes de Dino Campana et al. |
| Herbst | 2015 | Chœur a cappella | Dortmund, 2 octobre 2015 | Texte de Lucrèce |
| Spazio immergente II | 2016 | 2 × 16 voix et percussions | Stuttgart, 6 février 2016 | Texte de Lucrèce |
| a sei voci | 2017 | 6 voix de femmes | Suisse, Teatro del Tempo, 20 août 2017 | Texte de Monteverdi (Orfeo) |
| Violetter Schnee | 2017/2019 | Opéra | Berlin, Staatsoper Unter den Linden, janvier 2019 | Livret de Händl Klaus d'après Vladimir Sorokin |
| akusmata | 2019/2024 | 8 voix et 8 instruments | Berlin, 23 janvier 2022 | |
| Lichtung | 2024 | Orchestre | Lucerne Festival, 31 août 2024 | Roche Commission ; Lucerne Festival Contemporary Orchestra, direction : Beat Furrer |
| Das große Feuer | 2024 | Opéra | Zurich, Opernhaus, 23 mars 2025 | Livret de Thomas Stangl d'après Sara Gallardo (Eisejuaz) ; commande de l'Opernhaus Zürich |
Distinctions
[modifier | modifier le code]Beat Furrer reçoit en 1992 une bourse de la Fondation Siemens et est compositeur en résidence au festival de Lucerne en 1996. En 2004, il obtient le prix de musique de la Ville de Vienne et devient en 2005 membre de l'Akademie der Künste de Berlin[4]. En 2006, il reçoit le Lion d'or de la Biennale de Venise pour FAMA. En 2014, il est lauréat du Grand prix autrichien de l'État (Großer Österreichischer Staatspreis)[6]. En 2018, il reçoit le prix Ernst-von-Siemens, la plus haute distinction musicale de la sphère germanophone, en reconnaissance de l'ensemble de son œuvre[11]. En 2024, il est lauréat de la Roche Commission du Festival de Lucerne, l'une des commandes orchestrales les plus prestigieuses de la musique contemporaine[12].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- « Beat Furrer », sur Universal Edition (consulté le )
- ↑ Fiche existante de fr.wikipedia.
- « Beat Furrer », sur Festival de Salzbourg (consulté le )
- « Beat Furrer », sur Ressources IRCAM (consulté le )
- ↑ « Beat Furrer Biography », sur PSNY / EAMDC (consulté le )
- « Beat Furrer », sur Bärenreiter (consulté le )
- « la bianca notte – Beat Furrer's new opera for Hamburg », sur [t]akte (consulté le )
- ↑ « Das grosse Feuer », sur Opernhaus Zürich (consulté le )
- ↑ « A visionary view. Beat Furrer's 70th birthday », sur [t]akte (consulté le )
- ↑ « Works », sur beatfurrer.com (consulté le )
- ↑ « Beat Furrer Biography », sur Ernst von Siemens Musikstiftung (consulté le )
- ↑ « 2024 Roche Commissions Beat Furrer », sur Roche (consulté le )