Grzegorz Krychowiak s'éclate à Séville. (L'Equipe)

Krychowiak : «Ici, on forme les champions du monde»

Suspendu ce soir pour le 8e de finale retour de Ligue Europa face à Villareal (3-1) à l'aller, Grzegorz Krychowiak, milieu du FC Séville, raconte son adaptation en Espagne depuis son départ de Reims l'été dernier.

C’est ce qu’on appelle une adaptation réussie. Formé aux Girondins de Bordeaux, où il n’a jamais eu sa chance sous l’ère Francis Gillot, le Polonais Grzegorz Krychowiak, 25 ans, s’est révélé avec le Stade de Reims entre 2012 et 2014, notamment lorsqu’il a inscrit l’unique but de la victoire rémoise face au PSG d’Ancelotti en mars 2013 (1-0). Au fil du temps, sa réputation a dépassé les frontières et à un an de la fin de son contrat en Champagne, Séville a accepté de régler 4,5 millions d’euros pour le récupérer l’été dernier. Bien lui en a pris : Krychowiak est un titulaire indiscutable (22 fois en Liga sur 26 possibles) au milieu aux côtés de Stéphane M’Bia et le FC Séville postule plus que jamais à une qualification en Ligue des champions en fin de saison. La Liga, Messi, Unai Emery son entraîneur, la vie en Andalousie, ses poissons d’avril : «Krycho» raconte.

Son arrivée à Séville et la vie de groupe

«Je me souviens de mon premier entraînement parce que je suis arrivé en retard à cause d’un problème de signature ! Le coach avait repoussé la séance de trente minutes mais je suis quand même arrivé quand less joueurs étaient déjà sur le terrain. L’ambiance dans le groupe est bonne. Au début, avec la barrière de la langue, c’était délicat mais ça va beaucoup mieux. Je suis capable de communiquer. Il y a des Français et des joueurs qui parlent français donc, forcément, ça m’a aidé au niveau de l’adaptation. Je m’entends plus ou moins bien avec tout le monde. Des joueurs comme Benoît Trémoulinas, Stéphane M’Bia, Kevin Gameiro ou Thimotée Kolodziejczak, on s’entend un peu mieux on peut dire. C’était un plus qu’ils soient là. On peut discuter entre nous mais il ne faut pas oublier que l’espagnol est très important vis-à-vis des autres joueurs, du staff, des supporters, je continue d’étudier la langue. Mais ça va, l’espagnol n’est pas très compliqué à étudier, au contraire. Ça ressemble un peu au français je trouve, il y a des mots similaires. J’ai eu plus de mal à apprendre le français que l’espagnol.»

Le FC Séville

«Après six mois, je ne regrette vraiment pas d’avoir signé ici. Je suis content, on joue la Ligue Europa, on ambitionne de participer à la Ligue des champions l’année prochaine, on va tout faire pour réussir. C’est quelque chose qui me motive. A chaque match, on se bat pour ça. Quand tu es à Séville, tu peux partir dans n’importe quel grand club au monde ensuite. Je ne dis pas ça parce que j’ai envie de changer d’ambiance bien sûr, mais chaque année, il y a les trois ou quatre meilleurs joueurs qui partent et il faut reconstruire derrière, ce n’est pas évident, il faut du temps. Ce club, c’est extraordinaire ce qu’il fait chaque année. Derrière, ils pensent beaucoup à la formation. Pas mal de jeunes intègrent l’équipe première pendant les entraînements ou les stages. Quand on arrive au centre d’entraînement, on voit une grosse affiche avec les photos de Sergio Ramos et Jesus Navas avec, comme phrase : ‘’Ici, on forme les champions du monde’’.»

Unai Emery, son entraîneur

«Avec lui, pendant ces six premiers mois, j’ai mieux compris la signification des mots travail et respect. Il insiste énormément là-dessus. Il a du respect pour chaque équipe, que ce soit les plus grosses ou celles du bas de tableau. Cet entraîneur prépare chaque match précisément à la vidéo, les coups de pieds arrêtés. Il insiste énormément sur des détails. Il essaie de communiquer un maximum avec les joueurs, d’aider l’équipe pendant le match même si c’est difficile à entendre tout le temps quand tu es sous pression et que tu es dans ton match. Mais il n’est jamais avare de conseils. Sur le terrain, on ne voit pas tout et sa vision extérieure est importante. Quand je suis arrivé, il ne m’avait pas garanti que j’allais jouer. Personne ne t’annonce ça quand tu signes un contrat. Il faut gagner ta place. Ça a été ma mentalité dès la préparation pour gagner sa confiance. Et comme ça fonctionne bien en ce moment, ça aide.»

Sanchez Pizjuan, l'antre du FC Séville (45 500 places)

«C’est impressionnant. L’ambiance est extraordinaire. Quand ils chantent l’hymne en entrant sur le terrain, à chaque fois, j’ai des frissons. En plus, depuis que je suis arrivé, on a eu cette chance de ne pas encore perdre à domicile (NDLR : 9 victoires, 4 nuls en Championnat, dernière équipe encore invaincue chez elle)

La Liga

«Il n’y a pas une grosse différence avec la Ligue 1. En France, on peut dire que c’est un petit plus costaud. En Espagne, il y a un peu de tout, du physique, de la technique. Est-ce que c’est supérieur ? C’est difficile à dire. On compare toujours les meilleures équipes : en France, il y a PSG ; en Espagne, il y a le Real Madrid, le Barça et l’Atletico Madrid. La différence majeure, c’est la technique. En Espagne, il y a énormément de joueurs avec un petit gabarit qui se sentent bien avec le ballon aux pieds. Pas mal d’équipes essaient de ressortir le ballon de derrière donc ça joue un peu plus. Mon but quand je suis passé de Reims à Séville, c’était de progresser sur cet aspect-là et c’était le meilleur endroit pour travailler ça. Je voulais être un meilleur joueur tout simplement. Depuis six mois, j’essaie de travailler ma sortie du ballon et mon placement pour ça. Pendant les entraînements, les matches, j’essaie d’insister et c’est vrai que je vois déjà des progrès.»

La ville

«Ça vit le foot. Partout où tu vas, la question ce n’est pas ‘’est-ce tu connais le foot ?’’, c’est ‘’est-ce que tu es pour le Betis ou pour le FC Seville ?’’. C’est impressionnant. J’entends souvent parler du derby même si malheureusement il n’y en aura pas cette année (NDLR : le Betis a été relégué l’an dernier et occupe actuellement la deuxième place en seconde division). Le foot est comme une religion ici. Je n’ai jamais eu de problème avec les supporters, ce sont des gens gentils. Je peux me balader quand même tranquille dans la rue.»

Neymar, Messi, Ronaldo

«Le Barça et le Real Madrid sont les deux meilleurs clubs au monde. Quand tu joues face à eux, tu veux tout donner pour créer la surprise. Tu n’es pas favori, tu n’as rien à perdre. Après, les stars, c’est sur le papier, le terrain vérifie tout (Cette saison, Séville s’est incliné 5-1 au Camp Nou et 2-1 à Santiago Bernabeu). Je n’étais pas si impressionné. Tu essaies de faire ton match, tu ne penses pas contre quel club tu joues, et dans quel stade tu évolues. Même si c’est la meilleure équipe du monde. Dès la première minute, tu essaies de montrer à ton adversaire que tu es meilleur que lui. Tu as envie de lui dire, ’’Regarde je suis là, je vais te montrer’’. Il y a du respect mais au-delà, tu veux simplement gagner. Et puis quand tu vis ce genre de match, tu te dis que tu as travaillé pour pouvoir jouer dans des stades comme ceux-là. Tu en profites comme l’un des meilleurs moments de ta carrière.»

«Le Barça et le Real Madrid sont les deux meilleurs clubs au monde. Quand tu joues face à eux, tu veux tout donner pour créer la surprise»

La Ligue Europa

«On peut dire que c’est la petite sœur de la Ligue des Champions. Il y a de bons clubs, on va tout faire pour pouvoir répéter le succès du club l’année dernière. Ça ne va pas être simple mais on a des moyens pour réussir, la route est encore longue. Je préfère jouer tous les trois jours que m’entraîner, tous les joueurs disent la même chose ! Je n’ai pas de problème pour enchaîner les matches. J’essaie d’être pro jusqu’au bout pour ne pas avoir de pépins physiques. Avec l’intensité, ce n’est pas toujours évident, tu fais deux ou trois matches mauvais et il y a une rotation, il faut être prêt et se préparer au mieux. En Ligue Europa, quand tu la joues, il y a une ambiance un peu différente, tu sens que c’est l’Europe. Tu ne calcules pas en fonction de l’équipe que tu joues. Tu as toujours la finale dans un coin de ta tête, surtout que cette année, elle se joue chez moi, en Pologne (à Varsovie) donc tu ne peux pas te permettre une faute. Séville joue cette compétition très au sérieusement. Je me souviens qu’en France, il y avait pas mal de débats sur certains clubs qui ne prennent pas au sérieux la Ligue Europa et qui préfèrent se concentrer sur le Championnat. C’est ça qui me plaît dans ce club, ils jouent toutes les compétitions à fond, la Coupe du Roi, même si on est éliminé, la Ligue Europa, la Liga, on a un effectif pour ça. Personne ne se dit ‘’tiens ce match il faut le calculer’’.»

L'avenir

«Séville sera un bon tremplin pour ma carrière. Ça ne fait que six mois (NDLR : il est sous contrat jusqu’en juin 2018), mais je peux progresser, c’était mon but. Je ne pense pas à l’après. Il y aura toujours des rumeurs mais je ne me concentre pas là-dessus. Séville est le plus important.»

Timothé Crépin