François Joseph Lefebvre
| François Joseph Lefebvre | ||
Portrait du maréchal François Joseph Lefebvre (huile sur toile de Césarine Davin-Mirvault, 1807). | ||
| Naissance | Rouffach, Haute-Alsace (France) |
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|---|---|---|
| Décès | (à 64 ans) Ancien 1er arrondissement de Paris (France) |
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| Origine | Français | |
| Allégeance | ||
| Grade | Maréchal d'Empire | |
| Conflits | Guerres de la Révolution Guerres napoléoniennes |
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| Distinctions | Grand aigle de la Légion d'honneur Duc de Dantzig | |
| Hommages | Nom gravé sur l'arc de triomphe de l'Étoile 3e colonne) Hommes illustres |
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| Famille | Catherine Hubscher, son épouse | |
| Armoiries du maréchal Lefebvre. | ||
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François Joseph Lefebvre, né le à Rouffach, en Alsace et mort le à Paris, est un militaire français, élevé à la dignité de maréchal d'Empire par Napoléon Ier en 1804.
Sa carrière débute peu avant la Révolution française pendant laquelle il combat au sein de l'armée du Rhin puis à celle de Sambre-et-Meuse, ce qui lui vaut d'être promu général de division.
Nommé maréchal d'Empire en 1804, il est l'un des deux maréchaux honoraires — avec Kellermann — que l'Empereur emploie à des postes militaires, et le seul à commander un corps d'armée sur les champs de bataille de l'Empire.
Il est également le premier des maréchaux de Napoléon à obtenir un titre ducal pour une victoire militaire, celui de duc de Dantzig.
Fait pair de France par le roi à la Première Restauration, il se joint à Napoléon pendant les Cent-Jours.
Biographie
[modifier | modifier le code]Origines et engagement dans les Gardes françaises
[modifier | modifier le code]Ses parents étaient Joseph Lefebvre et Anne Marie Riss[1] ; ils habitaient Rouffach, dans la Haute-Alsace, en France. Son père, sergent de ville et « capitaine des portes » de la ville, meurt alors que François-Joseph est âgé de huit ans. Son oncle, curé de Guémar, se fait son protecteur et dirige son éducation en le destinant à l'Église ; mais un penchant irrésistible entraîne François-Joseph vers la carrière militaire. Originaire d'Alsace, il s'engage dans les Gardes-Françaises le , à 18 ans.

En 1783, il se marie avec une blanchisseuse, Catherine Hübscher, originaire de Goldbach-Altenbach en Alsace, passée à la postérité sous le nom de Madame Sans-Gêne, de laquelle il aura quatorze enfants dont treize mourront en bas âge.
Le bataillon des Filles-Saint-Thomas
[modifier | modifier le code]Il devint premier sergent des Gardes françaises le . Il se mêle aux premières émeutes, tout en protégeant ses officiers contre les violences du peuple le et en facilitant leur évasion. Après le licenciement des Gardes françaises, il entre dans le bataillon des Filles-Saint-Thomas et, à la tête d'un détachement de ce bataillon, est blessé deux fois en défendant la famille royale et en tentant de la protéger lors de son retour aux Tuileries après son départ pour Saint-Cloud. Il favorise également la fuite vers Rome des tantes du roi Louis XVI. En 1792, il sauve la caisse d'escompte du pillage.

Général des armées révolutionnaires
[modifier | modifier le code]Capitaine au début de la guerre en 1792, il est général de brigade le puis général de division le , après les combats de Lambach et de Geisberg. Il se distingue partout et presque toujours à l'avant-garde. On trouve Lefebvre dans toutes les batailles importantes dans le Nord et sur le Rhin de 1793 à 1799, notamment au Geisberg le , à la prise d’Arlon le et à celle de Dinant le , à Fleurus le , à Altenkirchen le et Wetzlar le , à Friedberg le , au passage du Rhin à Neuwied le . Après Custine, il est le premier des généraux de la République à effectuer le passage du Rhin. Il réalise cet exploit à la tête de ses grenadiers, malgré un feu terrible, et s'établit sur la rive droite en avant d'Eichelkamp. En 1796-1797, il enlève Siegburg à la bataille d'Altenkirchen et cueille de nouvelles palmes aux journées de Kalteiche, de Friedberg, de Bamberg et de Sulzbach. Lefebvre est nommé gouverneur de la forteresse de Mayence à partir du et établit sa résidence au Palais Bassenheim.
Après la mort de Hoche, il prend provisoirement le commandement en chef de l’armée de Sambre-et-Meuse en . Il commande l’avant-garde de l’armée du Danube sous les ordres de Jourdan en . Avec 8 000 hommes, il soutient à la bataille de Stockach les efforts de 36 000 Autrichiens. Mais à Pfullendorf le , une blessure grave le contraint à quitter l'armée. Il remplace le général Marbot, parti pour l'Armée d’Italie, à la tête du gouvernement militaire de Paris. Le Directoire le nomme alors commandant de la 17e division militaire dont le chef-lieu est à Paris. Il est désigné par le Conseil des Cinq-Cents comme candidat au Directoire mais n’est pas élu.
Gouverneur militaire de Paris
[modifier | modifier le code]Rallié à Bonaparte, son poste de gouverneur militaire de Paris lui permet de jouer un rôle important durant le coup d'État du 18 Brumaire. Ce jour-là, à la tête de 25 hommes, il pénètre dans la salle du conseil des Cinq-Cents, s'avance jusqu'à la tribune, et, malgré les cris, malgré les menaces, entraîne Lucien Bonaparte jusqu'à son frère qui l'attend au dehors, au moment où tous les deux sont sur le point d'être mis hors-la-loi. L’épée à la main, il lance ses grenadiers à la poursuite des députés. À la voix de leur général, les troupes n'hésitent plus, et la Révolution qui amène le gouvernement consulaire est consommée. Lefebvre, soldat inflexible, seconde ce jour-là passivement l'exécution d'un complot, dont peut-être il ignore les secrets. Bonaparte lui conserve d'abord le commandement de la 17e division puis l'emploie à la pacification des départements de l'Ouest.
Sénateur et maréchal d'Empire
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Par la suite Napoléon n'oublie pas ce qu'il lui doit. Lefebvre est d'abord fait sénateur le : il exerce au Sénat conservateur les fonctions de préteur.
Le , il est élevé à la dignité de maréchal d'Empire honoraire, en même temps que Kellermann, Pérignon et Sérurier[2]. Lors de la cérémonie du sacre de Napoléon, le suivant, il porte l'épée de Charlemagne[3]. Il reçoit également, le , le grand aigle de la Légion d'honneur. Son âge et sa parfaite connaissance des règlements d'infanterie en font un bon commandant d'arrière-garde, mais ses rudes manières et le comportement de sa femme, une ancienne cantinière, irritent l'Empereur lorsque le couple paraît à la cour. L'attitude de sa femme inspire Victorien Sardou, auteur de la fameuse pièce de théâtre, nommée d'après le sobriquet de sa femme.
En 1805, il est chargé du commandement en chef des gardes nationales de la Roer, de Rhin-et-Moselle et du Mont-Tonnerre.
En 1806, il commande la Garde impériale à pied. Pour la campagne d’Allemagne, Napoléon lui confie une division de la Grande Armée. À Iéna le , Lefebvre commande l’infanterie de la Garde impériale.
Le duc de Dantzig
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En 1807, à la tête du 10e corps, il couvre et protège les opérations de la Grande Armée sur la gauche de la Vistule, et participe, en février, à la bataille d'Eylau. Il rassemble le Xe corps d’armée à Thorn et assiège Dantzig du au . Lefebvre répète aux artilleurs : « Je n"entends rien à votre affaire, mais fichez-moi un trou et j'y passerai. » Ce qu'il fait, en . Ce siège difficile lui vaut le titre de duc de Dantzig le . À l'issue de la capitulation de cette ville, Napoléon, recevant le maréchal à l'abbaye d'Oliva (Pologne), lui demande s'il aime le chocolat. Ayant répondu par l'affirmative, Lefebvre reçoit de l'Empereur une boîte, censée contenir du chocolat. En fait, son contenu consiste en une liasse de trois cents billets de mille francs, récompense de la bravoure du maréchal.
En 1808, Lefebvre commande le 4e corps en Espagne. Lefebvre y accompagne l'Empereur et y remporte notamment des victoires sur les Espagnols lors des batailles de Durango le et d'Espinosa le suivant. Il bat encore ses adversaires à Güeñes le et Valmaseda le , avant de prendre Bilbao, Santander et Ségovie le .
En , il est remplacé en Espagne par le général Sébastiani ; de retour en Allemagne, il est nommé commandant de l'armée bavaroise. Il est à Abensberg le , à Schierling le 21, à Eckmühl le 22, commande l'armée du Tyrol de mai à octobre mais ne peut venir à bout de la révolte d'Andreas Hofer.
En 1812, il commande la Vieille Garde à la Moskova durant la campagne de Russie.
Au cours de la campagne de France en 1814, il se bat à Champaubert où il a un cheval tué sous lui, à Montmirail, à Montereau et à Arcis-sur-Aube. Le , Lefebvre est l'un des maréchaux qui assistent à l'entrevue de Napoléon avec Macdonald, venu lui demander son abdication. Il ne quitte l'Empereur qu'après celle-ci.
Le pair de France
[modifier | modifier le code]Il vote la déchéance de l'Empereur au Sénat[4] et, en compagnie d'autres maréchaux, accueille le nouveau roi Louis XVIII lors de son retour en France à Compiègne dans les derniers jours d'avril[5]. Rallié à la Première Restauration, il est successivement fait chevalier de Saint-Louis le puis pair de France le 4 de ce mois[6]. Contrairement à sa femme, Lefebvre fréquente assidûment la Cour et réclame, en vain, le commandement d'une division militaire, bien que ses traitements relatifs à ses anciennes fonctions de général de division et de sénateur, dont le montant s'élève à 42 000 francs, soient maintenus[7].
Déçu dans ses attentes par le pouvoir royal, il se range du côté de Napoléon pendant les Cent-Jours et est à Paris lorsque ce dernier rentre dans la capitale le . Il n'est toutefois pas reçu en audience par l'Empereur qui, du fait de l'âge de Lefebvre mais aussi probablement de son attitude l'année précédente, le met définitivement à la retraite par décret du [8]. Si le maréchal ne participe donc pas à la campagne de Belgique, il assiste tout de même à la cérémonie du Champ de mai et est nommé pair de France le [9].
En , lors de la Seconde Restauration, il est exclu de la Chambre des pairs mais maintenu à son rang de maréchal de France.
Louis XVIII lui rend sa pairie le . À la chambre, Lefebvre vote avec les membres constitutionnels.

Affecté d'une pleurésie, il meurt le à Paris, dans sa résidence de la rue Joubert, un jour seulement après Kellermann. Sa dépouille, après une cérémonie à l'église Saint-Louis, est inhumée le au cimetière du Père-Lachaise, où, peu de temps avant sa mort, il a lui-même marqué sa place, non loin de Masséna, Pérignon et Sérurier[10]. Le maréchal Mortier, l'un de ses proches amis, prononce l'éloge funèbre, dans lequel toute référence à l'Empire est escamotée[11].
Postérité
[modifier | modifier le code]Il est décrit par l'historien Jacques Jourquin comme un « piètre tacticien, excellent instructeur, brave homme et grande gueule, superbe sur le champ de bataille, et plus instruit qu'on ne l'a dit »[12].
De quatorze enfants, dont douze fils, il n'en laisse aucun pour hériter de son nom et de ses titres.
Son nom est inscrit au côté Nord de l'arc de triomphe de l'Étoile. L'un des « boulevards des Maréchaux » ceinturant Paris a reçu le nom de boulevard Lefebvre. À la suite du décret Boulanger de 1887, son nom a été donné au fort du Salbert.
Le maréchal Lefebvre est par ailleurs maire de Combault (Seine-et-Marne) de 1813 à 1820.
Dans sa ville natale de Rouffach, une rue porte son nom et un buste a été installé devant la mairie. Ce buste est la reproduction du buste en marbre réalisé par Pierre-Jean David d'Angers et offert par son épouse Catherine Hubscher (Madame Sans-Gêne) à la ville en 1835. Cet original est exposé dans la salle du conseil municipal.
Les papiers personnels du maréchal Lefebvre sont conservés aux Archives nationales sous la cote 203AP[13].
Armoiries
[modifier | modifier le code]| Figure | Blasonnement |
|---|---|
| Parti : au 1, d'azur, à un dextrochère, cuirassé d'argent, tenant une épée du même, garnie d'or ; au 2, d'or, à la fasce de sinople, chargé de deux hommes passants, conduisant chacun une femme, le tout d'argent, la fasce accompagnée en chef d'un vol de sable, et en pointe d'une croix pattée alésée du même ; au chef des ducs de l'Empire brochant. |
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ Les maréchaux de Napoléon – Maréchal Lefebvre (1755-1820), Duc de Dantzig
- ↑ Jourquin 1999, p. 17.
- ↑ Jourquin 1999, p. 114.
- ↑ Fileaux 2016, p. 340.
- ↑ Fileaux 2016, p. 342-343.
- ↑ Fileaux 2016, p. 343-344.
- ↑ Fileaux 2016, p. 345-346.
- ↑ Fileaux 2016, p. 347-349.
- ↑ Fileaux 2016, p. 349-350.
- ↑ Fileaux 2016, p. 369-371.
- ↑ Fileaux 2016, p. 371-372.
- ↑ Jourquin 1999, p. 75.
- ↑ Archives nationales
Annexes
[modifier | modifier le code]Sources et bibliographie
[modifier | modifier le code]- Pierre Paul Faust et Alphonse Halter, « François Joseph Lefèbvre (duc de Dantzig) », in Nouveau Dictionnaire de biographie alsacienne, vol. 23, p. 2276
- Christian Fileaux, Le maréchal Lefebvre, duc de Dantzig, Paris, Soteca, , 400 p. (ISBN 979-1091561921).
- Jacques Jourquin, Dictionnaire des maréchaux du Premier Empire : dictionnaire analytique statistique et comparé des vingt-six maréchaux, Paris, Christian/Jas, , 211 p. (ISBN 2-911090-05-5).
- A. Lievyns, Jean Maurice Verdot, Pierre Bégat, Fastes de la Légion d'honneur : biographie de tous les décorés accompagnée de l'histoire législative et réglementaire de l'ordre, vol. 1, Bureau de l'administration, (lire en ligne) ;
- « François Joseph Lefebvre », dans Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850, [détail de l’édition]
- « François Joseph Lefebvre », dans Adolphe Robert et Gaston Cougny, Dictionnaire des parlementaires français, Edgar Bourloton, 1889-1891 [détail de l’édition]
Articles connexes
[modifier | modifier le code]Liens externes
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- Archives conservées par :
- Archives nationales (203AP, p-120kj60e2--1aghr0bavifwf)
- Service historique de la Défense (GR 6 YD 16, FRSHD_PUB_00000355.pdf)
- Ressources relatives aux beaux-arts :
- Ressource relative à la vie publique :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
- Biographie
- Chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis
- Duc de l'Empire
- Gouverneur militaire de Paris
- Gouverneur de Mayence
- Grand-croix de l'ordre du mérite militaire de Charles-Frédéric
- Grand-croix de la Légion d'honneur
- Général de la Révolution française promu en 1793
- Maire de Seine-et-Marne
- Maire du Premier Empire
- Maréchal du Premier Empire
- Membre du Sénat conservateur
- Nom gravé sur l'arc de triomphe de l'Étoile
- Pair de France (Cent-Jours)
- Pair de France (Restauration)
- Personnalité de la Garde nationale (France)
- Rouffach
- Naissance en octobre 1755
- Naissance dans la province d'Alsace
- Décès en septembre 1820
- Décès dans l'ancien 1er arrondissement de Paris
- Décès à 64 ans
- Personnalité inhumée au cimetière du Père-Lachaise (division 28)